La Libye, terrain de rivalités géopolitiques entre Washington, Moscou et Kiev
Alors que des initiatives de paix se multiplient pour trouver un consensus politique en Libye qui mettrait fin à la division du pays, l’influence de puissances étrangères perturbe la donne. De la tribune de l’ONU, le président du Conseil présidentiel libyen, Mohammed El-Menfi, a exprimé son refus de voir son pays se transformer en “butin” partagé entre réseaux d’influence..
En septembre 2026, des véhicules blindés ont été livrés à Tobrouk, une ville portuaire de l'Est libyen contrôlée par le maréchal Khalifa Haftar. Ces équipements, transportés par deux cargos (Anastasiia et Yuriy Arshenevskiy), étaient escortés par un navire de la marine russe, l’Alexandre Chabaline. Selon des analyses en OSINT (renseignement en sources ouvertes), ces blindés incluraient des véhicules de transport de troupes, des MRAP (blindés conçus pour résister aux engins explosifs improvisés) et des véhicules logistiques. Ces livraisons s'inscrivent dans un contexte de tensions géopolitiques accrues en Libye, où plusieurs acteurs internationaux cherchent à étendre leur influence.
La Russie renforcerait sa présence militaire en Libye en établissant six bases aériennes dans le pays. Tobrouk, située près de la frontière égyptienne, pourrait devenir un point stratégique pour Moscou, remplaçant partiellement la base de Tartous en Syrie. Cette ville offrirait un accès direct à la Méditerranée, mais aussi une porte d'entrée vers le Sahel et le Soudan. Pour la Russie, ce positionnement permettrait de créer un nouveau hub logistique et militaire, facilitant potentiellement des opérations hybrides (cyberattaques, désinformation, etc.) contre l'Europe depuis le sud de la Méditerranée. Cette stratégie s'inscrit dans une logique d'expansion de l'influence russe en Afrique et au Moyen-Orient.
La Libye est actuellement divisée entre l'Est, contrôlé par le maréchal Khalifa Haftar, et l'Ouest, dirigé par le gouvernement d'union nationale reconnu par l'ONU. Le président du Conseil présidentiel libyen, Mohammed El-Menfi, a participé à la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies en septembre 2026 pour tenter de stabiliser le pays. Cependant, les rivalités entre factions locales et les interventions étrangères (Russie, États-Unis, Ukraine) compliquent la résolution du conflit. La livraison de blindés russes à Tobrouk illustre cette dynamique, où chaque acteur cherche à renforcer sa position sur le terrain.
Les livraisons de matériel militaire en Libye s'inscrivent dans une compétition plus large entre grandes puissances pour le contrôle de l'Afrique et de la Méditerranée. La Russie, déjà présente en Syrie, étend son influence en Libye pour sécuriser des routes logistiques et renforcer sa capacité à projeter sa puissance. Les États-Unis et l'Europe, traditionnellement actifs dans la région, voient cette expansion d'un mauvais œil. La Libye pourrait ainsi devenir un nouveau terrain de confrontation indirecte, où les conflits locaux se superposent aux rivalités internationales, avec des conséquences potentielles pour la stabilité régionale et la sécurité européenne.

