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Poumons, cœur

Science & Vie · mis à jour il y a 13 j

On associe la fumée des incendies à une simple gêne respiratoire, à tort. Ses particules voyagent bien au-delà des poumons et touchent des organes insoupçonnés.

Fumée des incendies

La fumée des incendies de forêt ou de végétation contient des particules fines et des gaz toxiques qui peuvent voyager sur de longues distances, parfois à plusieurs centaines de kilomètres des flammes. Ces particules, appelées particules fines (PM2.5 ou PM10 selon leur taille), mesurent moins de 2,5 ou 10 micromètres de diamètre, ce qui leur permet de pénétrer profondément dans les voies respiratoires. Les gaz incluent notamment le monoxyde de carbone (CO), un gaz incolore et inodore qui perturbe le transport de l’oxygène dans le sang, et des composés organiques volatils (COV), comme le benzène, reconnus cancérigènes. Ces polluants proviennent de la combustion incomplète du bois, des plastiques ou d’autres matériaux présents dans les zones incendiées.

Pénétration dans l'organisme

Une fois inhalée, la fumée des incendies traverse les voies respiratoires et atteint les alvéoles pulmonaires, où les échanges gazeux ont lieu. Les particules fines peuvent franchir cette barrière et passer dans le sang, contaminant ainsi l’organisme entier. Des études récentes ont confirmé la présence de ces particules dans des organes comme le cœur, le cerveau et même le foie, à des concentrations mesurables. Par exemple, des chercheurs ont détecté des particules de carbone dans le sang de personnes exposées à des incendies à plus de 100 kilomètres des flammes. Ces particules activent des mécanismes inflammatoires dans les tissus, ce qui peut aggraver des maladies chroniques comme l’asthme ou les maladies cardiovasculaires.

Effets sur la santé

L’exposition à la fumée des incendies peut provoquer des symptômes immédiats comme des irritations des yeux, de la gorge ou des voies respiratoires, des maux de tête, ou une aggravation de l’asthme. À plus long terme, les risques incluent des maladies cardiovasculaires, des AVC (accidents vasculaires cérébraux), ou des troubles neurologiques. Une étude citée dans l’article a montré que les particules fines (PM2.5) augmentent le risque de mortalité de 1 à 3 % pour chaque augmentation de 10 microgrammes par mètre cube d’air. Les personnes âgées, les enfants et celles souffrant de maladies préexistantes sont particulièrement vulnérables. Les effets peuvent persister des semaines, voire des mois après l’exposition.

Distance de propagation

Contrairement aux idées reçues, la fumée des incendies ne se limite pas à la zone des flammes. Les vents forts et les courants atmosphériques peuvent transporter les particules et les gaz sur des distances considérables. Par exemple, des incendies en Californie ou en Amazonie ont été associés à des pics de pollution mesurés en Europe ou sur la côte Est des États-Unis. En 2023, des feux au Canada ont provoqué des alertes à la qualité de l’air en France, à plus de 5 000 kilomètres des foyers. Ces déplacements sont favorisés par les conditions météorologiques, comme les anticyclones ou les vents dominants, qui maintiennent les polluants en suspension dans l’atmosphère.

Mesures de protection

Pour limiter les risques liés à la fumée des incendies, les autorités sanitaires recommandent de rester à l’intérieur des bâtiments lorsque la qualité de l’air est mauvaise, en fermant les fenêtres et en utilisant des purificateurs d’air équipés de filtres HEPA (High Efficiency Particulate Air). Le port de masques de type FFP2, qui filtrent les particules fines, est également conseillé en cas de sortie. Les personnes vulnérables doivent éviter les activités physiques intenses à l’extérieur et consulter un médecin en cas de symptômes persistants. Les applications de surveillance de la qualité de l’air, comme AirParif en France, permettent de suivre en temps réel les niveaux de pollution et d’adapter ses comportements.

Ce que ça pourrait changer

L’augmentation des incendies de forêt et de végétation est liée au réchauffement climatique, qui favorise des étés plus secs et des vagues de chaleur prolongées. Selon le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), la fréquence et l’intensité des incendies devraient continuer à croître dans les décennies à venir, notamment en Europe, en Amérique du Nord et en Australie. Ces événements aggravent la pollution de l’air et posent un défi majeur pour la santé publique. Les scientifiques soulignent l’urgence de réduire les émissions de gaz à effet de serre pour limiter ces impacts, tout en renforçant les systèmes de prévention et de gestion des incendies.

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