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Géopolitique

Argentine : pour Milei, l’avortement est un assassinat et pénalise l’économie

Courrier International · mis à jour il y a 10 j

Le président argentin a tenu des propos plus “extrêmes” que jamais sur l’interruption volontaire de grossesse, qu’il a associée à la faible croissance économique du pays. Une outrance que certains médias interprètent comme un échauffement en vue de la campagne présidentielle qui se profile..

Milei et l'avortement

Le président argentin Javier Milei a tenu des propos très critiques envers le droit à l'avortement lors d'un discours le 20 août 2026. Il a qualifié l'interruption volontaire de grossesse (IVG) d'assassinat et l'a associée à une baisse de la natalité en Argentine. Milei a également affirmé que cette pratique pénalise l'économie, en évoquant un lien entre la faible croissance démographique et les difficultés du système de retraite. Il a notamment utilisé l'expression la folie des foulards verts pour désigner le mouvement féministe argentin, qui milite pour la légalisation de l'IVG et utilise des foulards de cette couleur comme symbole. Milei s'oppose depuis longtemps à l'avortement, qu'il considère comme un élément récurrent de sa bataille culturelle.

Baisse de la natalité

La baisse de la natalité en Argentine est un phénomène réel et documenté. Selon les données officielles, le taux de fécondité est passé de 2,1 enfants par femme en 2001 à 1,4 en 2022. Cette diminution de 40 % a commencé dès 2014, bien avant la légalisation de l'IVG en 2021. Les causes principales de cette tendance sont multiples : difficultés d'insertion professionnelle, instabilité économique, problèmes de logement, formation des couples et répartition des soins. Milei a donc tort de lier directement cette baisse à l'avortement légal, alors que les experts soulignent des facteurs socio-économiques plus larges.

Contexte politique

Les propos de Milei surviennent dans un contexte de préparation à l'élection présidentielle argentine de 2027. Sa popularité est en baisse, avec seulement 30 % d'opinions favorables. Certains médias, comme l'édition argentine d'El País América, interprètent ces déclarations comme une stratégie pour mobiliser sa base électorale, notamment les conservateurs et les milieux religieux. Milei, connu pour son style provocateur, utilise régulièrement des formules choc pour marquer les esprits et se distinguer dans le débat public. Paradoxalement, ni lui, ni sa sœur Karina Milei, ni la vice-présidente Victoria Villarruel, n'ont d'enfants.

Réactions et analyses

Plusieurs médias argentins ont réagi aux déclarations de Milei. La Nación a qualifié ses propos d'extrêmes, rappelant que la baisse de la natalité est un phénomène global et complexe. El Diario Ar a souligné que Milei n'a jamais tenté d'abroger la loi sur l'IVG, mais en fait un sujet central de ses prises de position. Les analystes politiques estiment que ces déclarations visent à renforcer son image de dirigeant radical, tout en préparant le terrain pour sa campagne électorale. Cependant, cette stratégie pourrait aussi aliéner une partie de l'électorat modéré.

Ce que ça pourrait changer

Milei a évoqué un lien entre la baisse de la natalité et les difficultés économiques de l'Argentine, notamment pour le système de retraite. Selon lui, une population en déclin réduit la main-d'œuvre disponible et la consommation, ce qui freine la croissance. Cependant, cette analyse est contestée par les économistes. En effet, la baisse de la natalité est un phénomène observé dans de nombreux pays développés, sans que cela n'empêche nécessairement la croissance. De plus, l'Argentine fait face à des crises économiques récurrentes, liées à des facteurs structurels comme l'inflation, la dette ou les politiques monétaires, bien plus qu'à des questions démographiques.

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