NapseflowNapseflow
Philosophie

Pour une culture du consentement, réhabiliter les capabilités du refus

AOC Media · mis à jour il y a 25 j

Parler de refus dans la sexualité est complexe : d’un côté, cela renvoie à une responsabilité individuelle que le féminisme a déplacée vers l’analyse systémique des violences sexuelles ; de l’autre, cela résonne comme un moralisme désuet dans une société qui valorise l’émancipation par la réappropriation du désir. Pourtant, sans possibilité réelle du refus, le consentement n’est qu’un énoncé performatif, qui ne garantit une sexualité plus égalitaire, digne et épanouissante.

Tourant de 2017

L’année 2017 a marqué un tournant majeur dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles à l’échelle mondiale, notamment dans les sociétés occidentales. Cette période a vu émerger une réforme discursive, et parfois juridique, autour du consentement sexuel. En France, ce mouvement s’est traduit par des mesures concrètes : campagnes de prévention dans les universités, formations obligatoires pour les agents publics et privés, débats législatifs sur la définition légale du consentement, et renforcement de l’EVARS (Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle) à l’école. Ces initiatives visent à combler l’écart entre les attentes citoyennes et les réponses apportées par les institutions. Par ailleurs, des acteurs privés, comme les applications de rencontre ou certaines plateformes pornographiques, ont intégré des recommandations sur le respect mutuel, reflétant une évolution des normes sociales et médiatiques.

Culture du consentement

La culture du consentement désigne un ensemble de normes, de pratiques et de discours qui placent le consentement au cœur des relations sexuelles, avec pour objectif de réduire les violences sexuelles. Cette approche suppose que chaque individu soit capable de dire oui ou non de manière libre et éclairée. Les solutions proposées pour y parvenir incluent l’éducation, la communication, et la répression en cas de non-respect. Par exemple, il s’agit de développer des compétences psycho-sociales pour mieux entendre et respecter un refus, d’apprendre à demander explicitement un consentement, ou encore de sanctionner les comportements inappropriés via des formations ou des mesures médicales. Cette vision met l’accent sur l’individu, mais elle soulève une question centrale : dans quelles conditions le refus est-il réellement possible, tant sur le plan matériel que symbolique ?

Refus et capabilités

L’auteure s’inscrit dans une perspective féministe critique, qui interroge la notion de capabilités du refus, un concept emprunté à la philosophie d’Amartya Sen. Selon cette approche, le refus ne peut être réduit à un simple acte de volonté individuelle ou à une question de communication dans un couple. Il doit être analysé à travers les conditions matérielles, symboliques, relationnelles et individuelles qui le rendent praticable. Par exemple, une personne en situation de précarité économique ou sociale peut se sentir contrainte d’accepter une relation sexuelle par peur des conséquences (perte de logement, de revenus, etc.). De même, dans un contexte où les normes de genre imposent des rôles traditionnels, dire non peut être plus difficile pour certaines personnes. Sans ces conditions favorables, le consentement perd de sa valeur, car il ne garantit pas une sexualité égalitaire ou épanouissante.

Limites de l’individualisation

L’auteure critique la tendance à individualiser la question des violences sexuelles, en réduisant leur analyse à des problèmes de communication ou de volonté personnelle. Cette vision néglige les structures systémiques qui rendent le refus difficile, voire impossible, pour certaines personnes. Par exemple, les inégalités économiques, les stéréotypes de genre, ou les rapports de pouvoir dans une relation peuvent limiter la capacité à dire non. En se concentrant uniquement sur l’éducation ou la répression individuelle, on risque de masquer ces inégalités structurelles et de maintenir un système où le consentement n’est qu’un énoncé performatif : une simple déclaration verbale qui ne change rien aux rapports de force réels. Pour que le consentement ait un sens, il faut donc repenser les conditions qui permettent le refus.

Ce que ça pourrait changer

Réhabiliter les *capabilités du refus* signifie reconnaître que dire *non* est un droit fondamental, mais aussi un acte qui dépend de multiples facteurs. L’auteure propose d’élargir la réflexion au-delà de l’éducation ou de la communication, en examinant les conditions sociales, économiques et culturelles qui influencent la capacité à refuser. Par exemple, l’accès à l’autonomie financière, l’éducation affective et sexuelle, ou encore la déconstruction des stéréotypes de genre peuvent jouer un rôle clé. Sans ces conditions, le consentement reste un outil insuffisant pour garantir des relations égalitaires. Cette approche invite à repenser les politiques publiques et les normes sociales pour créer un environnement où le refus est non seulement possible, mais aussi respecté et valorisé.

Sujets complémentaires