L’Amérique latine tremble-t-elle plus qu’à l’habitude?
Depuis le début de l’été, quatre séismes majeurs ont frappé la région..
L’Amérique latine, notamment le nord de l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale, subit chaque année des milliers de tremblements de terre, petits et grands. Ces derniers mois, l’activité sismique semble plus visible en raison de l’effondrement de bâtiments largement médiatisés. Cependant, selon Fiona Ann Darbyshire, professeure au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’UQAM, cette intensification est une illusion. Les données des 50 dernières années montrent que la région connaît en moyenne 130 séismes de magnitude 7 ou plus par période de 50 ans. Certaines années n’en comptent aucun, tandis que d’autres en enregistrent entre 5 et 6. Ainsi, l’augmentation perçue des séismes depuis cet été s’inscrit dans la variabilité naturelle de l’activité sismique, sans preuve d’une hausse durable ou anormale.
L’Amérique centrale et l’Amérique du Sud forment une zone de convergence tectonique où quatre à cinq plaques tectoniques interagissent : nord-américaine, Caraïbes, Cocos, Nazca et sud-américaine. Cette région fait partie de la Ceinture de feu du Pacifique, une zone géologique extrêmement active où se produisent 80 % des séismes mondiaux chaque année. Les séismes récents au Venezuela, en Colombie et au Panama illustrent cette activité. Cependant, les contextes diffèrent : au Venezuela et au Panama, les séismes sont liés à des interactions tectoniques proches, tandis qu’en Colombie, le séisme est plus profond, issu d’une subduction à plus de 100 kilomètres sous la surface. La subduction désigne le glissement d’une plaque tectonique sous une autre, un phénomène courant dans cette région.
L’Amérique latine est particulièrement vulnérable aux séismes en raison de son climat tropical humide et de sa topographie accidentée. Ces conditions favorisent les glissements de terrain, où des masses de terre se détachent et peuvent obstruer des rivières, provoquant des inondations catastrophiques lors de leur rupture. Un autre risque majeur est la liquéfaction des sols, un phénomène où le sable et l’eau se séparent sous l’effet d’une secousse, transformant le sol en un mélange instable, semblable à des sables mouvants. Par exemple, une plage peut sembler solide et adaptée à la construction, mais lors d’un séisme, l’eau remonte à la surface, rendant le sol incapable de supporter des bâtiments. Ces risques sont amplifiés par la nature des sols et la topographie locale.
Les systèmes d’alerte précoce en Amérique latine offrent généralement jusqu’à une minute de préavis avant le début des secousses. Bien que ce délai puisse paraître court, il est suffisant pour prendre des mesures critiques, comme interrompre les trains, ouvrir les portes des casernes de pompiers, couper le gaz ou fermer le réseau électrique afin d’éviter les incendies. Ces précieuses secondes permettent de sauver des infrastructures et de limiter les dégâts. Cependant, ces systèmes ne peuvent pas prédire avec précision la survenue d’un séisme. Ils se basent sur la détection des ondes sismiques pour déclencher des alertes, offrant ainsi un temps limité mais précieux pour réagir.
Identifier les zones sous tension avant un séisme est extrêmement complexe. Les scientifiques utilisent des méthodes variées, comme des mesures sur le terrain, des forages pour évaluer la pression dans le sol, ou encore la surveillance par satellite (GPS). Ces techniques permettent d’évaluer le niveau de risque global d’une zone, mais aucune ne permet de prédire avec exactitude un séisme. Le risque reste évalué de manière probabiliste, en fonction de l’historique sismique et des mouvements des plaques tectoniques. Ainsi, les chercheurs peuvent seulement estimer la probabilité qu’un séisme se produise dans une région donnée, sans pouvoir en déterminer la date ou l’heure précise.
L’adaptation des infrastructures aux séismes varie considérablement d’un pays à l’autre, en fonction de leurs ressources financières. Au cours des dernières décennies, des avancées en ingénierie ont permis de déterminer quels types de structures résistent le mieux aux secousses. Cependant, l’application de ces normes dépend de la volonté politique des gouvernements et du sérieux des entreprises de construction. Certains pays ont renforcé leurs bâtiments, tandis que d’autres peinent à appliquer ces standards en raison de contraintes économiques. Ainsi, la résilience face aux séismes est inégale et dépend largement des priorités nationales et des moyens disponibles.
Tous les séismes sous-marins ne déclenchent pas de tsunamis. Pour qu’une vague se forme, le séisme doit déplacer verticalement la masse d’eau. Si le fond marin glisse horizontalement, l’eau au-dessus reste immobile et aucun tsunami ne se produit. De plus, si la secousse est trop faible ou trop profonde sous le plancher océanique, le risque de tsunami est négligeable. Ainsi, la formation d’un tsunami dépend de la direction et de l’ampleur du mouvement du sol marin lors du séisme. Cette distinction est cruciale pour évaluer les risques et mettre en place des mesures d’alerte adaptées.
Contrairement à une idée reçue, l’activité sismique mondiale ne montre pas de tendance à la hausse ou à la baisse sur le long terme. Les statistiques indiquent que le taux d’occurrence des séismes, quelle que soit leur magnitude, reste assez constant. Il peut y avoir des variations d’une décennie à l’autre, mais aucune tendance globale n’est observée. Ainsi, l’augmentation perçue de l’activité sismique en Amérique latine ces derniers mois ne reflète pas une tendance mondiale, mais s’inscrit dans la variabilité naturelle des phénomènes géologiques. Les séismes restent un phénomène imprévisible, mais leur fréquence globale reste stable.

