Pourquoi cette femme a-t-elle été enterrée avec un cadenas à l'orteil et une faucille sur la gorge, il y a 300 ans?
Dans un cimetière polonais du XVIIᵉ siècle, une sépulture hors du commun soulève de nombreuses questions. Qui était Zosia? Et pourquoi ceux qui l'ont enterrée semblaient redouter sa résurrection?.
En 2022, des archéologues de l’université Nicolas-Copernic à Toruń, en Pologne, ont exhumé dans le village de Pień 101 sépultures datant du XVIIe siècle. Parmi elles, celle d’une jeune femme surnommée Zosia se distingue par deux objets insolites : un cadenas fixé à son orteil et une faucille posée sur sa gorge. Ces éléments, analysés pendant quatre ans, ont été publiés en 2026 dans la revue Journal of Archaeological Science: Reports. Les chercheurs ont interprété ces objets comme des mesures destinées à empêcher Zosia de revenir d’entre les morts, une pratique qualifiée d’_«anti-vampirique»_. Cette découverte s’inscrit dans un contexte où les croyances populaires en Europe associaient certaines morts à des risques de résurrection malveillante.
Au XVIIe siècle, les communautés rurales européennes craignaient que certaines personnes ne reviennent hanter les vivants après leur mort. Pour s’en protéger, elles adoptaient des rituels funéraires spécifiques, comme enterrer les défunts avec des pierres pour les maintenir au sol ou placer des objets symboliques sur leur corps. Dans le cas de Zosia, deux précautions ont été prises : un cadenas à l’orteil et une faucille sur la gorge. Selon Dariusz Poliński, archéologue responsable de l’étude, cette double mesure indique une peur particulièrement intense de voir son corps se relever. Une troisième précaution, suggérée par des traces de cuivre, de manganèse et d’or dans sa mâchoire, laisse penser qu’un objet supplémentaire aurait pu y être déposé, bien que cela reste hypothétique.
Contrairement à d’autres sépultures atypiques de l’époque, Zosia ne venait pas d’un milieu modeste. Les archéologues ont retrouvé sur son crâne les vestiges d’une coiffe en soie ornée de fils d’or, un accessoire coûteux réservé aux élites. Cette découverte suggère que son statut social élevé n’a pas suffi à la protéger des suspicions de la communauté. Les chercheurs avancent deux hypothèses pour expliquer cette méfiance : soit elle a été victime d’un préjudice ou d’une tragédie personnelle, soit son apparence ou son comportement ont alimenté les rumeurs. Sa mort reste inexpliquée, tout comme les raisons précises de la crainte qu’elle inspirait.
Le cimetière de Pień, où Zosia a été enterrée, n’était pas un lieu de sépulture ordinaire. Il s’agissait d’un terrain situé à l’écart de l’église, réservé aux personnes pauvres, marginalisées ou déshonorées. Parmi ces dernières figuraient les étrangers, les hérétiques, les orphelins, les suicidés, les noyés ou les femmes mortes en couches, toutes considérées comme potentiellement dangereuses après leur mort. Les archéologues soulignent que l’inhumation de Zosia dans ce contexte, malgré son statut social élevé, reflète l’ampleur de la peur qu’elle inspirait à la communauté.
En 2024, le sculpteur suédois Oscar Nilsson a réalisé une reconstitution faciale en 3D de Zosia à partir de son crâne. Le résultat montre une jeune femme aux yeux bleus et aux cheveux châtain clair. Nilsson a souligné l’ironie de cette démarche : alors que les habitants du XVIIe siècle avaient tout fait pour empêcher Zosia de revenir parmi les vivants, les scientifiques modernes ont utilisé des techniques avancées pour lui redonner une apparence humaine. Cette reconstitution a permis de visualiser le visage d’une personne dont le destin a été marqué par des superstitions et des peurs collectives.

