Fini l'élevage et bienvenue à la mine : la « transition verte » détruit la culture de populations autochtones en Suède
À l'approche des élections, le gouvernement suédois et certains partis menacent les droits des éleveurs autochtones Sámis. Ces derniers dénoncent un colonialisme vert, en raison des projets de mines, de barrages et de parcs éoliens qui mettent en péril leur mode de vie millénaire.
En Suède, la transition verte désigne le passage vers une économie décarbonée, notamment via le développement des énergies renouvelables et des technologies vertes. Ce processus s’accompagne d’une forte demande en minerais critiques comme le fer, le cuivre ou les terres rares, essentiels pour les éoliennes, les batteries de voitures électriques ou les panneaux solaires. Pour extraire ces ressources, l’État suédois et des entreprises minières comme LKAB (groupe public) prévoient d’exploiter des gisements situés dans le nord du pays, une région majoritairement habitée par des populations Sames (ou Sámi), un peuple autochtone. Ces projets s’inscrivent dans une logique de réduction des émissions de CO₂ en Europe, mais ils entrent en conflit avec les modes de vie traditionnels des Sames, qui dépendent depuis des siècles de l’élevage de rennes, une activité centrale dans leur culture et leur économie.
Les projets miniers menacent directement les terres ancestrales des Sames, où l’élevage de rennes est pratiqué depuis plus de 1 000 ans. Ces terres, appelées terres de pâturage, sont protégées par la loi suédoise et des conventions internationales comme la Convention 169 de l’OIT (Organisation internationale du travail), qui reconnaît les droits des peuples autochtones sur leurs territoires. Pourtant, l’État suédois a accordé des permis d’exploitation minière sur 90 % des terres de pâturage des Sames, malgré les protestations de leurs représentants, comme le Parlement same (Sámediggi). En 2023, le gouvernement suédois a même présenté un projet de loi pour faciliter l’ouverture de nouvelles mines, au nom de la transition verte. Les Sames dénoncent une violation de leurs droits fondamentaux et une destruction de leur patrimoine culturel, leur mode de vie étant indissociable de la nature et des rennes.
Le conflit oppose les Sames à l’État suédois, qui justifie les projets miniers par la nécessité de sécuriser l’approvisionnement en minerais pour les industries vertes. En 2022, la Suède a extrait 11 millions de tonnes de minerai de fer, dont une partie est destinée à la production d’acier vert, un matériau clé pour les éoliennes. Le gouvernement argue que ces projets créeront des emplois et renforceront l’économie nationale, tout en contribuant à la neutralité carbone de l’UE d’ici 2050. Cependant, les Sames contestent cette vision, soulignant que les bénéfices économiques ne compensent pas la perte de leurs terres et de leur culture. En 2023, le Parlement européen a adopté une résolution reconnaissant les risques de la transition verte pour les peuples autochtones, mais la Suède maintient sa position, invoquant la souveraineté nationale sur ses ressources.
La situation des Sames en Suède a attiré l’attention d’organisations internationales comme l’ONU et le Conseil de l’Europe, qui ont appelé Stockholm à respecter les droits des peuples autochtones. En 2021, le Comité des droits de l’homme de l’ONU a demandé à la Suède de suspendre les projets miniers sur les terres same jusqu’à ce qu’un consentement libre, préalable et éclairé (CLPE ou FPIC en anglais) soit obtenu. Ce principe, inscrit dans la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (2007), exige que les communautés concernées soient consultées et donnent leur accord avant tout projet affectant leurs terres. Pourtant, la Suède n’a pas suivi cette recommandation, arguant que les projets miniers sont d’intérêt national. Des ONG comme Greenpeace ou Survival International dénoncent une hypocrisie : l’Europe promeut la justice climatique tout en sacrifiant les droits des autochtones au nom de la transition verte.
L’avenir des Sames et de leur culture reste incertain face à la pression des projets miniers. En 2023, le gouvernement suédois a annoncé vouloir doubler la production minière d’ici 2030 pour répondre à la demande européenne en minerais. Cela pourrait entraîner l’exploitation de nouvelles zones, comme la mine de **Gállok**, où le projet **Kaunisvaara** (détenu par **Kaunis Iron**) menace directement les pâturages des Sames. Les représentants same, comme **Ájtte**, le musée same de Jokkmokk, alertent sur le risque d’extinction culturelle, car l’élevage de rennes est bien plus qu’une activité économique : c’est un pilier de leur identité, de leur langue et de leurs traditions. Sans terres, leur survie en tant que peuple autochtone est menacée, ce qui a conduit certains à parler d’un *génocide culturel*.

