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Société

Des chercheurs veulent balancer de l'eau de mer sur les nuages pour empêcher un «super El Niño»

Slate FR · mis à jour il y a 23 j

Une étude suggère qu'une technique de géo-ingénierie consistant à éclaircir les nuages marins pourrait réduire de moitié l'intensité des épisodes d'El Niño. Une piste prometteuse, mais loin de faire l'unanimité..

El Niño expliqué

Le phénomène El Niño est un événement climatique naturel qui se produit lorsque les vents d'est (appelés alizés) s'affaiblissent dans le Pacifique. Ces vents soufflent généralement d'est en ouest, poussant les eaux chaudes de surface vers l'ouest du Pacifique, près de l'Indonésie. Quand ils faiblissent, les eaux chaudes s'étalent sur une zone plus large, ce qui réchauffe l'atmosphère et fait monter les températures mondiales. Ce réchauffement perturbe les régimes de pluie et les températures à l'échelle planétaire, entraînant des conséquences comme des sécheresses, des inondations ou des vagues de chaleur. Un épisode intense d'El Niño est actuellement en formation dans le Pacifique, et ses effets pourraient être particulièrement dévastateurs selon les scientifiques.

Risques d'un super El Niño

Un super El Niño désigne un épisode exceptionnellement intense, comme ceux de 1997-1998 ou 2015-2016, qui avaient provoqué des températures record et des catastrophes naturelles à l'échelle mondiale. Les conséquences incluent des sécheresses prolongées en Afrique du Sud, des inondations en Amérique du Sud, des incendies de forêt en Australie et une baisse des rendements agricoles. Ces événements aggravent aussi le réchauffement climatique, créant un cercle vicieux où les températures élevées renforcent l'intensité d'El Niño, qui à son tour amplifie le réchauffement. Les chercheurs craignent que l'épisode en cours, s'il est aussi puissant, puisse avoir des impacts encore plus graves sur les populations et les écosystèmes.

Géo-ingénierie des nuages

Pour atténuer les effets d'un super El Niño, des scientifiques proposent une technique de géno-ingénierie appelée éclaircissement des nuages marins. Cette méthode consiste à pulvériser de fines gouttelettes d'eau de mer salée dans l'atmosphère, au-dessus de zones très nuageuses de l'océan. Les nuages deviennent alors plus blancs et plus réfléchissants, ce qui leur permet de renvoyer davantage de rayonnement solaire vers l'espace, réduisant ainsi le réchauffement de la planète. L'idée s'inspire d'observations naturelles, comme lors des mégafeux en Australie en 2019-2020, où les particules de fumée avaient éclairci les nuages et refroidi temporairement le Pacifique.

Mécanisme de refroidissement

En refroidissant une partie du Pacifique oriental grâce à l'éclaircissement des nuages, les chercheurs espèrent interrompre les boucles de rétroaction qui alimentent El Niño. Normalement, les eaux chaudes qui s'étalent vers l'est affaiblissent les alizés, ce qui renforce encore le réchauffement. En rafraîchissant la surface de l'océan, les nuages plus réfléchissants pourraient renforcer les alizés, poussant les eaux chaudes vers l'ouest et rétablissant un équilibre. Ce processus permettrait de réduire de près de 50 % le réchauffement lié à El Niño, selon les simulations. Par exemple, un épisode comme celui de 2015-2016 aurait pu être écourté de plusieurs mois, passant de 12 à 3 mois.

Études et limites techniques

Pour tester cette hypothèse, l'équipe de Jessica Wan, climatologue à l'Université de Californie, a simulé l'éclaircissement des nuages lors des super El Niño de 1997-1998 et 2015-2016. Les résultats montrent qu'une pulvérisation d'eau de mer pendant neuf mois aurait permis de réduire significativement le réchauffement. Cependant, cette technique pose des défis techniques majeurs : les quantités d'eau nécessaires dépassent les capacités actuelles de prélèvement. Mat Collins, de l'Université d'Exeter, souligne aussi que dans la réalité, le réchauffement des océans tend à dissiper les nuages de basse altitude, ce qui pourrait annuler partiellement l'effet refroidissant. Il estime que les expériences pourraient atteindre les limites de ce qui est techniquement réalisable.

Effets secondaires possibles

Si l'éclaircissement des nuages pourrait atténuer El Niño, il risquerait aussi d'intensifier et d'avancer l'arrivée de La Niña, la phase opposée qui refroidit les températures mondiales. Par exemple, dans les simulations, l'épisode de La Niña suivant El Niño est apparu plus tôt et plus intense, notamment lors du cas de 2015-2016. Cela pourrait avoir des conséquences négatives pour des régions comme la Corne de l'Afrique, où La Niña a déjà provoqué des famines en perturbant les précipitations. Jessica Wan reconnaît que cette approche pourrait avoir des conséquences imprévues, car les modèles ne couvrent que des périodes de deux ans. Les effets à long terme restent donc incertains.

Ce que ça pourrait changer

Malgré ses limites, cette étude montre que modifier les nuages dans une région spécifique pourrait influencer des **modèles climatiques globaux**. Cependant, les scientifiques appellent à la prudence. Les résultats obtenus en laboratoire ou via des simulations ne garantissent pas leur reproduction dans la réalité, où les interactions entre océans, atmosphère et écosystèmes sont complexes. Les chercheurs soulignent aussi que cette technique, si elle était déployée, ne résoudrait pas la cause profonde du réchauffement climatique : les émissions de gaz à effet de serre. Elle ne ferait que masquer temporairement ses symptômes. La communauté scientifique reste donc divisée sur l'opportunité d'explorer davantage cette piste.

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