Deux championnes du monde québécoises à un siècle d’intervalle
Louise Armaindo et Magdeleine Vallières, ou l’étonnante histoire de femmes au sommet du cyclisme mondial..
Magdeleine Vallières, une cycliste québécoise de 26 ans originaire de Sherbrooke, porte actuellement le maillot arc-en-ciel de championne du monde sur route, un titre prestigieux qui désigne la meilleure cycliste mondiale de la discipline. Elle a remporté ce titre en 2025 au Rwanda, lors des Championnats du monde de cyclisme à Kigali. En 2026, elle défendra ce titre à Montréal lors des Championnats du monde disputés sur un parcours de 180,4 km avec 2570 mètres de dénivelé, incluant 8 passages sur le circuit pentu du mont Royal. Son entraîneur, Chris Rozdilsky, souligne son autonomie exceptionnelle et sa maturité, notant qu’elle est passée d’une jeune athlète timide à une sportive capable de gérer la pression médiatique et sportive. Elle a couru la semaine précédente le Tour de Gatineau pour se préparer.
Chris Rozdilsky, qui accompagne Magdeleine Vallières depuis ses débuts chez les juniors, décrit son profil comme celui d’une athlète passionnée par le vélo dès son plus jeune âge. Elle aime explorer de nouvelles routes et changer de discipline (route, montagne, cyclocross, gravel). Contrairement à d’autres athlètes, elle ne réclamait pas un encadrement strict, mais faisait preuve d’une discipline et d’une maturité remarquables pour son âge. Leur relation est devenue une collaboration où elle est presque sa propre entraîneuse. Depuis ses 17 ans, elle a évolué physiquement et mentalement, passant d’une timidité marquée à une capacité à donner des entrevues et à participer à des émissions de télévision, tout en assumant la pression liée au port du maillot arc-en-ciel.
L’équipe canadienne féminine, dont fait partie Magdeleine Vallières, compte plusieurs coureuses talentueuses. Parmi elles, Olivia Baril, une grimpeuse de 28 ans, et Sarah Van Dam, 24e au classement général du Tour de France, pourraient soutenir Vallières dans les portions difficiles du parcours. Isabella Holmgren, 8e au Tour de France et championne de vélo de montagne, a choisi de participer à la catégorie espoirs (moins de 23 ans) plutôt qu’en élite. La compétition s’annonce très relevée, avec des favorites comme la Néerlandaise Demi Vollering, championne du Tour de France Femmes, la Belge Lotte Kopecky, double championne du monde en titre, et la Polonaise Katarzyna Niewiadoma-Phinney, deuxième du dernier Tour de France. L’Italienne Elisa Longo Borghini et Kim Le Court sont également à surveiller.
Le parcours des Championnats du monde 2026 à Montréal est exigeant : 180,4 km avec un dénivelé total de 2570 mètres et 8 passages sur le circuit pentu du mont Royal. Ce type de parcours favorise les grimpeuses capables de répéter des efforts violents. Chris Rozdilsky estime que les chances de l’équipe canadienne sont aussi bonnes que celles des autres pays, soulignant que la fin de course sera hautement tactique. La pression est immense pour Vallières, car porter le maillot arc-en-ciel signifie être sous le feu des projecteurs à chaque course. Son entraîneur pense qu’elle peut gérer cette pression grâce à sa maturité et sa détermination.
Plus d’un siècle avant Magdeleine Vallières, une autre Québécoise s’est illustrée dans le cyclisme mondial : Louise Armaindo, née vers 1857 à Sainte-Anne-de-Bellevue, près de Montréal. Elle est considérée comme l’une des premières athlètes professionnelles canadiennes et a été surnommée « la mère du cyclisme féminin » en Amérique du Nord. Elle participait à des courses de longue distance, comme un parcours de 1357 km en six jours à Chicago en 1883, et des compétitions de 20 heures réparties sur cinq jours en Angleterre en 1889. Elle remportait des courses médiatisées à Chicago, New York et Washington, et était souvent désignée comme « championne cycliste du monde » par la presse de l’époque. Son style vestimentaire, adapté à la pratique du sport (pantalon et chemise brodée), était jugé audacieux pour l’époque.
Louise Armaindo a progressivement disparu de la mémoire collective après l’abandon des *grands bis*, des vélos à roue avant immense, au profit de montures plus proches des vélos modernes. Son effacement s’explique aussi par le manque d’intérêt d’une société dominée par les hommes pour célébrer les réussites des femmes. Son souvenir a été relancé grâce au titre de championne du monde de Magdeleine Vallières, qui rappelle l’héritage des cyclistes québécoises. Armaindo a marqué l’histoire du cyclisme féminin en prouvant qu’une femme pouvait exceller dans un sport alors largement masculin, malgré les préjugés de l’époque.

