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Société

La mort atroce de Nikolaï Oustinov, scientifique contaminé par un virus dans un laboratoire soviétique secret

Slate FR · mis à jour 24 sept.

Le chercheur faisait des recherches sur un virus similaire à celui d'Ebola. Il avait été chargé par le gouvernement soviétique d'en faire une arme biologique..

Nikolaï Oustinov, chercheur soviétique

Nikolaï Oustinov, également orthographié Nikolaï Ustinov dans l'article, était un scientifique soviétique travaillant au Centre national de recherche en virologie et biotechnologie situé à Koltsovo, en Sibérie. À la fin des années 1980, il menait des recherches sur le virus de Marburg, un agent pathogène extrêmement dangereux et mortel, dont les symptômes rappellent ceux de la maladie à virus Ebola. Contrairement à des recherches médicales classiques visant à trouver un remède, son travail s'inscrivait dans le cadre d'un programme secret de l'URSS pour développer des armes biologiques. Ce programme s'inscrivait dans le contexte de la guerre froide (1947-1991), une période de tension intense entre les États-Unis et l'Union soviétique, marquée par une course aux armements, y compris biologiques. Le virus de Marburg, originaire d'Afrique, se transmet généralement par contact avec des fluides corporels d'une personne infectée ou avec des chauves-souris frugivores. Les symptômes incluent des hémorragies internes et externes sévères, souvent mortelles.

Accident en laboratoire

En 1988, Nikolaï Oustinov a été contaminé par le virus de Marburg lors d'une expérience en laboratoire. Deux théories principales expliquent cet accident. Selon la première, un collègue aurait dû injecter le virus à un cochon d'Inde (un petit rongeur utilisé en recherche scientifique) à l'aide d'une seringue, tandis qu'Oustinov tenait l'animal. Une erreur de manipulation aurait provoqué une piqûre accidentelle du doigt d'Oustinov avec la seringue contaminée. La seconde hypothèse suggère qu'Oustinov aurait commis lui-même l'erreur en injectant accidentellement le virus dans son propre doigt au lieu de piquer le cobaye. Le virus de Marburg, hautement contagieux, ne nécessite qu'un contact minime avec des fluides corporels pour se transmettre. Après sa contamination, Oustinov a développé les premiers symptômes en quelques jours, marquant le début d'une agonie de deux semaines.

Symptômes et isolement

Dès qu'il a réalisé qu'il était infecté, Nikolaï Oustinov a été placé en quarantaine stricte pour éviter toute propagation du virus. Ses contacts avec le monde extérieur ont été limités à des appels téléphoniques avec son épouse, Yevgenia. Lorsqu'elle venait le voir à l'hôpital, elle ne pouvait l'observer qu'à travers une vitre, et son mari était enveloppé dans des draps jusqu'au menton pour cacher les ravages du virus sur son corps. Les symptômes incluaient des saignements abondants par le nez, les yeux, la bouche et les oreilles, ainsi que des douleurs intenses. Oustinov a documenté son agonie dans un carnet, notant chaque changement physique et symptomatique. Ce carnet, retrouvé maculé de sang à côté de son lit de mort, a permis aux chercheurs d'acquérir des données précieuses sur l'évolution de la maladie chez l'humain.

Découverte de la Variante U

Après le décès d'Oustinov, une autopsie (examen médical post-mortem) a été réalisée pour étudier les effets du virus sur son corps. Les médecins légistes ont prélevé des échantillons de son sang, de sa rate et de son foie. Ils ont découvert que le virus avait muté dans son organisme, devenant encore plus virulent. Cette nouvelle souche a été nommée «Variante U» en hommage au chercheur. Les scientifiques ont ensuite utilisé cette variante pour produire une poudre contenant le virus. Cette poudre, si elle était inhalée, aurait pu infecter des ennemis de l'URSS, faisant d'elle une arme biologique potentielle. Cependant, cette arme n'a jamais été déployée.

Ce que ça pourrait changer

En 1992, le président russe **Boris Eltsine** a ordonné l'arrêt des recherches sur les **armes biologiques offensives** en Russie. Cette décision faisait suite à la dissolution de l'URSS en 1991 et à une volonté de transparence internationale. Eltsine a demandé le **démantèlement des chaînes technologiques** utilisées pour produire des agents biologiques, ainsi que la fermeture des installations d'essais. Malgré cette décision, une question persiste : que sont devenus les stocks de la poudre contenant la Variante U ? Selon l'autrice **Annie Jacobsen**, spécialiste des armes biologiques, cette poudre serait toujours conservée dans les laboratoires de Koltsovo, en Sibérie. Le mystère autour de son devenir reste entier.

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