Bruno Marchand dénoncé pour ses « préjugés » sur l’itinérance
Le maire de Québec est invité à éviter les « généralisations qui alimentent les préjugés » sur l'itinérance..
Le maire de Québec, Bruno Marchand, est critiqué par le milieu communautaire pour des propos jugés stigmatisants envers les personnes en situation d'itinérance. Lors d'une conférence de presse, il a associé l'itinérance à des incivilités et des nuisances pour le voisinage, déclarant notamment « Ce n'est pas parce qu'on souffre dans la vie que nos actions peuvent déborder notre cadre personnel et [en] faire souffrir d'autres ». Ces déclarations ont été perçues comme des généralisations qui alimentent les préjugés et la polarisation au sein de la population. Le Regroupement pour l'aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ), qui représente 50 organismes, a dénoncé ces propos en insistant sur l'importance d'éviter les mots qui renforcent la stigmatisation des personnes vulnérables.
La gestion de l'itinérance par la Ville de Québec est au cœur des tensions. L'administration Marchand est accusée de mettre en place une politique de tolérance zéro envers les campements de personnes sans-abri, notamment dans le quartier Saint-Roch. Cette approche inclut des déplacements forcés et des corvées de ménage sous surveillance policière dans certains lieux publics. Le RAIIQ et d'autres organismes communautaires dénoncent ces pratiques, les qualifiant de répressives et de contre-productives. Selon eux, ces mesures complexifient l'accompagnement des personnes en situation d'itinérance et génèrent davantage de détresse. Le maire Marchand rejette l'idée d'une répression, affirmant que « des règles existent pour tout le monde », y compris pour les itinérants.
Le maire Marchand a évoqué l'existence de solutions alternatives pour les personnes en situation d'itinérance, comme un répit de nuit, des refuges, l'organisme Lauberivière ou des maisons d'hébergement. Cependant, les organismes communautaires contestent cette affirmation. En 2025, les taux d'occupation des ressources d'hébergement frôlaient les 100 %, et 17 % des 1 084 personnes en situation d'itinérance visible à Québec passaient la nuit dehors faute de places disponibles. Les 30 places supplémentaires ouvertes cet été sont jugées insuffisantes pour répondre aux besoins. Le RAIIQ souligne que « le véritable enjeu n’est donc pas d’être pour ou contre les campements, mais de reconnaître que des personnes doivent actuellement dormir à l’extérieur faute de solutions suffisantes ».
Le milieu communautaire reproche au maire Marchand de présenter les droits des personnes en situation d'itinérance et ceux des résidents logés comme incompatibles, créant ainsi un faux dilemme. Le RAIIQ et d'autres organismes insistent sur le fait que ces deux groupes partagent les mêmes droits fondamentaux, comme « le droit à la vie, à la sécurité et à la dignité ». L'organisme L'Engrenage St-Roch ajoute que « on ne gagne rien à opposer les besoins des uns et des autres » et plaide pour une approche qui tienne compte de la qualité de vie de l'ensemble des citoyens. La Ligue des droits et libertés - Section Québec a également critiqué les pratiques municipales, les qualifiant de « complètement contre-productives ».
Face aux tensions, le RAIIQ et d'autres acteurs communautaires appellent à une *collaboration* entre la Ville, les organismes et les personnes concernées pour développer des *réponses collectives plus humaines*. Le regroupement demande au maire Marchand de reconnaître les impacts négatifs de ses interventions, notamment en matière de gestion de l'espace public et d'approche de tolérance zéro. Il souligne que *« s'il veut avancer dans cette avenue, le maire doit d'abord reconnaître les impacts des interventions municipales »*. Malgré les désaccords, l'objectif reste de trouver des solutions durables qui répondent aux besoins de tous, sans opposer les droits des uns à ceux des autres.

