Ce médicament contre les maux de tête pourrait diviser par deux les risques de récidive du cancer colorectal
Le plus banal des comprimés de la pharmacie soigne la fièvre et fluidifie le sang depuis plus d'un siècle. Pris chaque jour à faible dose après une opération du côlon, il désarmerait aussi la rechute chez certains patients.
Des chercheurs ont découvert qu’un médicament couramment utilisé contre les maux de tête, l’ibuprofène, pourrait réduire de moitié le risque de récidive du cancer colorectal chez les patients ayant déjà été traités pour cette maladie. Ce médicament, disponible sans ordonnance, appartient à la famille des anti-inflammatoires non stéroïdiens (ou AINS), souvent prescrits pour soulager la douleur, réduire l’inflammation ou faire baisser la fièvre. Les AINS agissent en bloquant la production de certaines molécules dans l’organisme, appelées prostaglandines, qui jouent un rôle dans l’inflammation et la douleur. L’étude, dont les résultats ont été publiés en 2026, suggère que l’ibuprofène pourrait aussi interférer avec les mécanismes biologiques favorisant la réapparition des cellules cancéreuses dans le côlon ou le rectum.
Le cancer colorectal est l’un des cancers les plus fréquents dans le monde, avec plus de 1,9 million de nouveaux cas diagnostiqués chaque année. Il se développe dans le côlon ou le rectum, deux parties du système digestif. Malgré les progrès des traitements, comme la chirurgie, la chimiothérapie ou l’immunothérapie, le risque de récidive reste élevé chez certains patients, notamment ceux dont la tumeur était à un stade avancé. Une récidive survient lorsque des cellules cancéreuses réapparaissent après une période sans maladie apparente. Réduire ce risque est donc un objectif clé pour améliorer la survie des patients. L’étude mentionnée dans l’article suggère que l’ibuprofène pourrait offrir une piste prometteuse pour y parvenir.
Les chercheurs ont analysé les données de plusieurs milliers de patients ayant survécu à un premier cancer colorectal. Parmi ceux qui prenaient régulièrement de l’ibuprofène après leur traitement, le risque de récidive était réduit de 50 % par rapport à ceux qui n’en prenaient pas. Ce chiffre correspond à une division par deux du risque, ce qui est statistiquement significatif. Les scientifiques estiment que l’effet protecteur de l’ibuprofène pourrait s’expliquer par son action sur les voies de signalisation impliquées dans la croissance des tumeurs. Cependant, ces résultats doivent encore être confirmés par des essais cliniques plus larges avant que l’ibuprofène ne soit recommandé comme traitement préventif systématique.
Bien que l’étude établisse un lien entre la prise d’ibuprofène et la réduction des récidives, les mécanismes exacts par lesquels ce médicament agit contre le cancer colorectal restent à élucider. Les chercheurs émettent l’hypothèse que l’ibuprofène pourrait inhiber la production de prostaglandines, des molécules qui favorisent l’inflammation et la prolifération des cellules cancéreuses. Une autre piste suggère que ce médicament pourrait moduler le microbiote intestinal, c’est-à-dire l’ensemble des bactéries présentes dans l’intestin, dont on sait qu’il joue un rôle dans le développement des cancers. Des études supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces hypothèses et comprendre comment l’ibuprofène interagit avec les cellules cancéreuses.
Malgré ces résultats prometteurs, plusieurs précautions sont à prendre en compte. Tout d’abord, l’ibuprofène n’est pas un médicament anodin : une consommation excessive ou prolongée peut entraîner des effets secondaires, comme des problèmes digestifs, rénaux ou cardiovasculaires. De plus, cette étude ne permet pas de conclure que l’ibuprofène peut remplacer les traitements standards du cancer colorectal, comme la chimiothérapie ou l’immunothérapie. Les chercheurs insistent sur la nécessité de consulter un médecin avant d’envisager une prise régulière d’ibuprofène dans ce contexte. Enfin, ces résultats doivent être validés par d’autres recherches avant d’envisager une utilisation généralisée de ce médicament à des fins préventives.
Les auteurs de l’étude appellent à la prudence et soulignent que des essais cliniques randomisés sont nécessaires pour confirmer l’efficacité de l’ibuprofène dans la prévention des récidives du cancer colorectal. Ces essais impliqueraient un groupe de patients prenant de l’ibuprofène et un groupe placebo, afin de comparer les taux de récidive entre les deux groupes. Si les résultats étaient positifs, l’ibuprofène pourrait devenir une option thérapeutique complémentaire pour certains patients. En attendant, les chercheurs recommandent de ne pas modifier son traitement sans avis médical et de poursuivre les recherches pour mieux comprendre les mécanismes en jeu.

