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Géopolitique

Portugal : la crise du logement, une bombe à retardement sur le point d’exploser

Courrier International · mis à jour il y a 22 j

Flambée des loyers, pénurie de logements abordables, manifestations et intervention policière controversée : la crise de l’habitat s’aggrave dans le pays. Dans un dossier alarmant, l’hebdomadaire “Visão” dénonce une situation devenue intenable pour une partie croissante de la population et met en garde contre une explosion sociale semblable à celle qui a provoqué des législatives anticipées chez le voisin espagnol..

Crise du logement au Portugal

En octobre 2026, le Portugal fait face à une crise majeure du logement, décrite comme une "bombe à retardement" par l'hebdomadaire portugais Visão. Cette situation se caractérise par une flambée des loyers, une pénurie de logements abordables et des tensions sociales croissantes. Les prix des logements à Lisbonne atteignent désormais des niveaux comparables à ceux de Paris, avec un loyer moyen de 1 455 € par mois pour un deux-pièces dans le centre-ville, contre 1 465 € à Paris. Cette crise touche particulièrement les classes moyennes, autrefois épargnées, et s'accompagne de manifestations dans la rue, comme à Porto où des centaines de personnes ont défilé le 14 octobre 2026 contre la hausse des prix.

Causes de la crise

Plusieurs facteurs expliquent cette crise, qualifiée de "tempête parfaite" par les observateurs. D'abord, la dérégulation du marché immobilier et la spéculation ont joué un rôle clé. Ensuite, le manque de logements sociaux est criant : le parc public ne représente que 2 % des logements au Portugal, contre 1,7 % en Espagne. Par ailleurs, la construction de nouveaux logements a fortement chuté depuis la crise financière de 2008, passant de plus de 100 000 logements par an au début des années 2000 à seulement 30 000 aujourd'hui. Enfin, les politiques publiques sont jugées insuffisantes pour encadrer les loyers ou protéger les locataires, avec une "énorme résistance à la régulation" selon la sociologue Sandra Marques Pereira.

Conséquences sociales

La crise du logement a des répercussions dramatiques sur la population. Des milliers de Portugais, comme Ana Cláudia, une mère célibataire de 39 ans, risquent de se retrouver sans toit malgré des demandes de logement social. Son dossier, comme celui de nombreux autres, est bloqué par la bureaucratie, avec des justificatifs manquants et des exigences administratives changeantes. Les manifestations contre cette situation se multiplient, comme à Porto où une intervention policière contre des manifestants a fait 37 blessés dans la nuit du 14 octobre 2026. Ces tensions rappellent celles observées en Espagne, où la crise du logement a provoqué des élections législatives anticipées après la mort d'une octogénaire expulsée.

Comparaison européenne

Le Portugal n'est pas le seul pays européen confronté à cette crise. En Espagne, la situation a atteint un point de rupture avec l'expulsion d'une octogénaire à Madrid le 23 septembre 2026, déclenchant des manifestations massives et forçant le Premier ministre Pedro Sánchez à convoquer des élections anticipées le 29 novembre 2026. Les chiffres montrent que la pression sur les ménages est particulièrement forte au Portugal : le poids du crédit immobilier par rapport au salaire atteint 119 % à Lisbonne, un niveau proche de celui de Londres (127 %). À titre de comparaison, ce ratio est de 85 % à Paris, 73 % à Madrid, 57 % à Berlin et 34 % à Bruxelles. Ces données illustrent l'ampleur de la crise et son impact sur le pouvoir d'achat des Portugais.

Ce que ça pourrait changer

Les tensions sociales liées à la crise du logement pourraient avoir des conséquences politiques majeures. Selon *Visão*, ces tensions risquent de *"mettre en péril la survie même des gouvernements"* et, plus largement, de fragiliser la démocratie au Portugal. La sociologue Sandra Marques Pereira souligne que l'absence de régulation efficace du marché immobilier et la spéculation alimentent un mécontentement généralisé. Cette situation rappelle celle de l'Espagne, où la crise du logement a précipité des élections anticipées. Au Portugal, les gouvernements pourraient donc être contraints d'agir rapidement pour éviter une explosion sociale et une perte de confiance dans les institutions.

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