Faut-il avoir peur de l’identité chrétienne ?
Une pièce de doctrine signée par l’archevêque de Nanterre L’article Faut-il avoir peur de l’identité chrétienne ? est apparu en premier sur Le Grand Continent..
L’article aborde la question de l’identité chrétienne, un thème souvent controversé. Certains, comme le P. Benoist de Sinéty, critiquent l’idée même d’une identité chrétienne, la jugeant trop restrictive ou dangereuse. D’autres, en revanche, soulignent que cette quête peut refléter un besoin légitime d’appartenance, notamment dans des contextes comme les cités populaires où les jeunes cherchent à s’affirmer. L’auteur, Mgr Matthieu Rougé, propose une analyse nuancée, évitant à la fois le rejet et l’adhésion sans réserve. Il rappelle que la peur de l’identité chrétienne peut générer un cercle vicieux, où la crainte de l’autre alimente elle-même des craintes symétriques. Pour lui, la réponse chrétienne doit privilégier le dialogue, la bienveillance et une analyse équilibrée, inspirée par les papes François et Léon XIV.
Bruno Le Maire, lors de la primaire présidentielle de 2017, a préféré parler de culture plutôt que d’identité, estimant que cette dernière enferme dans une vision exclusive de soi-même. Cependant, l’auteur souligne que la culture n’est pas moins ambivalente que l’identité. Il cite le discours de Jean-Paul II à l’UNESCO en 1980, où ce dernier définit la culture comme la manière pour l’homme d’habiter son humanité. L’identité chrétienne, selon l’auteur, ne peut se réduire à une quête défensive de valeurs ou de références. Elle est un processus vivant, en dialogue constant avec le monde, qui s’enrichit de cette dynamique. L’identité chrétienne authentique est donc à la fois ancrée et ouverte, évolutive et fidèle à ses racines.
Le philosophe Pierre Manent compare l’identité à un portefeuille d’identités, où se mêlent des dimensions culturelles, familiales, intellectuelles et spirituelles. L’identité chrétienne, en tant que dimension spirituelle, ajoute une couche de complexité en raison de sa dimension universelle (catholicité). L’auteur s’appuie sur Edgar Morin pour insister sur cette richesse, qui ne doit pas être simplifiée mais comprise dans toute sa profondeur. Il rappelle que l’identité chrétienne n’est pas une donnée figée, mais un cheminement où l’individu se laisse transformer par l’Évangile. Cette approche permet d’éviter les pièges du repli identitaire ou de la rigidité doctrinale.
L’auteur propose d’explorer l’identité chrétienne à travers les quatre sens de l’Écriture, une méthode médiévale remise en lumière par le P. Henri de Lubac. Le sens littéral renvoie à l’appartenance au Christ par la foi et les sacrements. Le sens spirituel souligne que cette identité est avant tout intérieure, une transformation par l’Évangile. Le sens moral insiste sur une vie marquée par le don de soi et le service des plus pauvres. Enfin, le sens anagogique (eschatologique) rappelle que l’identité chrétienne est un chemin vers le Royaume de Dieu, jamais achevé en ce monde. Ces quatre dimensions permettent de dépasser les craintes liées à une vision réductrice de l’identité chrétienne.
L’identité chrétienne se caractérise par trois paradoxes majeurs. Le premier est l’alliance entre enracinement et hospitalité : plus on est ancré dans sa foi, plus on est ouvert aux autres. Le deuxième est l’unité entre tradition et modernité, où le Christ, en tant que nouveauté absolue, permet de concilier héritage et actualité. Le troisième est le lien entre humanisation et divinisation : le Christ révèle pleinement l’humanité de l’homme tout en l’appelant à une dimension divine. Ces paradoxes illustrent que l’identité chrétienne n’est pas un carcan, mais une dynamique vivante et transformante, comme l’a souligné le Concile Vatican II (Gaudium et Spes, 22).
L’auteur met en garde contre les dangers du ressentiment, une émotion qui déforme la perception de soi et des autres, comme l’analyse Cynthia Fleury dans son livre Ci-gît l’amer. La quête contemporaine d’identité peut parfois basculer dans cette logique négative, où la peur de l’autre ou du changement domine. À l’inverse, l’identité chrétienne authentique invite à passer du ressentiment à l’action de grâce, une attitude de gratitude et d’ouverture. L’auteur cite saint Paul (Col 3, 15) et saint Augustin (« non intratur in veritatem nisi per caritatem ») pour souligner que la vérité ne s’atteint que par la charité. Cette transformation est essentielle pour une société en crise, où la peur et l’amertume menacent le dialogue.
L’identité chrétienne trouve son fondement dans le Christ lui-même. Le nom de *chrétien*, reçu pour la première fois à Antioche (*Actes des Apôtres 11, 26*), est un don et une responsabilité. Il unit au Christ et à l’Esprit-Saint, comme l’explique le terme *Christos* (Messie), qui désigne celui qui a reçu l’onction de l’Esprit. Cette identité n’est pas choisie, mais reçue, et elle implique une configuration spirituelle avec le Christ, « l’aîné d’une multitude de frères » (*Romains 8, 29*). L’auteur souligne que cette appartenance est à la fois un don et une mission, qui dépasse toute vision purement sociologique ou militante de la foi. Elle est avant tout une relation vivante avec le Christ.

