Brésil : le dernier rempart face à Donald Trump en Amérique du Sud
Chaque semaine, “Courrier international” explique ses choix éditoriaux. Dans l’hebdomadaire en vente le 1er octobre, nous décryptons les enjeux de l’élection présidentielle du 4 octobre au Brésil.
Le 4 octobre 2026, le Brésil organise une élection présidentielle considérée comme décisive par la presse internationale. Le scrutin oppose deux candidats aux visions radicalement opposées : Luiz Inácio Lula da Silva, 80 ans, président sortant et candidat à sa réélection, et Flávio Bolsonaro, 45 ans, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, actuellement condamné à 27 ans de prison pour conspiration et tentative de coup d’État. Lula, soutenu par une coalition de sept partis de gauche et centre gauche, fait de la souveraineté nationale son principal argument de campagne. Il promet notamment d’investir dans la défense du pays pour éviter toute ingérence étrangère, déclarant vouloir que le Brésil soit « prêt afin que personne ne puisse envahir ce pays et enlever son président ». Cette élection est perçue comme un tournant possible pour l’Amérique du Sud, alors que la région bascule progressivement vers des gouvernements alignés sur les États-Unis.
Depuis plusieurs mois, l’Amérique latine connaît un virage à droite marqué. Des dirigeants comme Daniel Noboa en Équateur, José Antonio Kast au Chili ou Keiko Fujimori au Pérou ont été élus ou renforcés, adoptant des politiques proches de celles de Donald Trump. Ce dernier a d’ailleurs mis en place une stratégie appelée la doctrine Donroe, une réinterprétation de la doctrine Monroe (1817-1825) qui visait à faire des Amériques une zone d’influence exclusive des États-Unis. En mars 2026, Trump a lancé le Shield of the Americas (Bouclier des Amériques), une alliance regroupant 19 pays latino-américains et les États-Unis. Cette coalition prévoit le partage de renseignements, des opérations militaires coordonnées et une assistance mutuelle contre les menaces comme les cartels ou les gangs. Le Brésil, s’il élit Flávio Bolsonaro, deviendrait le dernier grand pays sud-américain à rejoindre ce mouvement, achevant ainsi la bascule du continent vers Washington.
Cette élection brésilienne dépasse les frontières du pays et intéresse particulièrement les observateurs internationaux. Selon Fabiola Chambi, journaliste à Connectas, le résultat du 4 octobre pourrait reconfigurer l’ensemble du paysage politique de la droite sud-américaine. Les enjeux incluent l’avenir du Mercosur (marché commun du Sud), la politique climatique en Amazonie, et l’équilibre des relations entre les États-Unis, la Chine et les BRICS (groupe de pays émergents incluant le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud). Lula met en avant la défense de la souveraineté brésilienne, tandis que Flávio Bolsonaro, aligné sur les positions de Trump, promet une coopération plus étroite avec les États-Unis, notamment dans le secteur des métaux stratégiques comme les terres rares.
Le Brésil possède 23,1 % des ressources mondiales identifiées de terres rares, des minerais essentiels pour les technologies modernes (smartphones, éoliennes, véhicules électriques). Pourtant, le pays peine à en tirer profit. La mine de Minaçu, seule exploitation commerciale de terres rares du Brésil, a récemment été rachetée par des entreprises américaines. Ce cas illustre un problème récurrent : le Brésil exporte souvent ses matières premières sans les transformer sur place, perdant ainsi une partie de leur valeur ajoutée. Pour y remédier, Lula a légiféré en septembre 2026 pour renforcer l’indépendance stratégique du pays, notamment dans l’exploitation des ressources naturelles. Son adversaire, Flávio Bolsonaro, propose au contraire une collaboration accrue avec les États-Unis dans ce secteur, ce qui pourrait accentuer la dépendance du Brésil envers Washington.
Malgré les enjeux géopolitiques, les préoccupations des Brésiliens restent avant tout liées à des problèmes concrets : inflation, insécurité, délabrement des services publics, bas salaires et défiance envers les politiques. Le quotidien Estadão souligne que le terme souveraineté, bien que noble, ne suffit pas à répondre aux attentes immédiates de la population. Dans le Nordeste, région traditionnellement favorable à Lula, des électeurs expriment leur désenchantement face à l’incapacité du président à améliorer leur quotidien lors de son dernier mandat. Ce paradoxe illustre la difficulté pour les candidats de concilier des enjeux globaux avec des réalités locales, dans un pays où les inégalités sociales restent très marquées.
La presse étrangère suit de près cette élection brésilienne, considérée comme un baromètre des tendances politiques en Amérique latine. Des médias comme *The Economist*, *Newsweek*, *Connectas* ou *Financial Times* analysent les positions des candidats, leurs alliances et leurs conséquences potentielles. *Connectas*, plateforme journalistique collaborative latino-américaine, qualifie cette élection de « pas comme les autres », soulignant son impact possible sur l’équilibre des pouvoirs en Amérique du Sud. Les observateurs internationaux notent que le résultat pourrait influencer non seulement la politique intérieure brésilienne, mais aussi les relations entre le continent et les grandes puissances mondiales, notamment les États-Unis et la Chine.

