Des centaines d'insectes ravageurs avalés en une nuit : les chauves-souris, nos alliées pour se passer des pesticides
Les chauves-souris, prédatrices d'insectes nuisibles pour l'agriculture, pourraient-elles permettre de limiter les intrants chimiques ? C'est l'hypothèse d'une équipe du CNRS qui analyse leurs excréments dans les Hauts-de-France. Amiens (Somme), reportage Équipé de sa lampe frontale, Louis Hue inspecte la charpente des combles du lycée agricole Le Paraclet à Amiens.
Une chauve-souris peut consommer jusqu’à 3 000 insectes en une seule nuit, selon les études citées dans l’article. Ces mammifères volants jouent donc un rôle majeur dans la régulation naturelle des populations d’insectes. Parmi ces proies figurent des espèces considérées comme ravageuses pour les cultures agricoles, comme les papillons de nuit ou les coléoptères. Leur régime alimentaire varié inclut aussi des moustiques, des mouches ou des pucerons, qui peuvent transmettre des maladies ou endommager les récoltes. Les chauves-souris agissent ainsi comme un service écosystémique gratuit, en limitant la prolifération de ces espèces sans recourir à des pesticides chimiques. Leur efficacité dépend cependant de leur habitat et de la disponibilité en insectes dans leur environnement.
Les populations de chauves-souris sont en déclin en Europe et en Amérique du Nord, principalement à cause de deux facteurs. D’abord, la perte de leur habitat naturel, comme la disparition des forêts ou des grottes où elles se reproduisent, réduit leurs zones de vie. Ensuite, une maladie fongique appelée syndrome du museau blanc (ou white-nose syndrome en anglais), détectée pour la première fois en 2006 aux États-Unis, décime les colonies de chauves-souris en hiver. Cette infection, causée par un champignon (Pseudogymnoascus destructans), réveille les animaux pendant leur hibernation, épuisant leurs réserves de graisse et entraînant leur mort. En Amérique du Nord, certaines espèces ont vu leur population chuter de plus de 90 % depuis l’apparition de cette maladie.
L’agriculture intensive repose souvent sur l’usage massif de pesticides pour protéger les cultures des insectes ravageurs. Ces produits chimiques, comme les néonicotinoïdes ou les pyréthrinoïdes, ciblent les insectes nuisibles mais peuvent aussi tuer les prédateurs naturels comme les chauves-souris ou les oiseaux. Leur utilisation prolongée entraîne une résistance des ravageurs, obligeant les agriculteurs à augmenter les doses ou à changer de produits, ce qui aggrave la pollution des sols et des eaux. En France, les ventes de pesticides ont atteint 68 000 tonnes en 2020, selon les données du ministère de la Transition écologique. Face à ces enjeux, des alternatives existent, comme la protection des chauves-souris ou l’adoption de pratiques agricoles moins intensives.
Plusieurs initiatives visent à préserver les chauves-souris et à renforcer leur rôle dans la lutte contre les insectes ravageurs. En Europe, des programmes de gîtes artificiels sont installés pour offrir des abris aux chauves-souris, notamment dans les zones agricoles. Par exemple, en France, des associations comme la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM) encouragent les agriculteurs à construire des hôtels à chauves-souris ou à préserver les vieux arbres creux. Aux États-Unis, des projets de recherche étudient la résistance de certaines chauves-souris au syndrome du museau blanc, tandis que des campagnes de sensibilisation informent le public sur l’importance de ces animaux. Ces actions s’inscrivent dans une démarche plus large de gestion intégrée des ravageurs, qui combine protection des prédateurs naturels et réduction des pesticides.
La présence de chauves-souris dans les zones agricoles représente une économie significative pour les agriculteurs. Une étude citée dans l’article estime que ces mammifères sauvent environ 1 milliard de dollars par an en coûts de pesticides rien qu’aux États-Unis. En Europe, bien que les données soient moins précises, leur rôle est jugé crucial pour les cultures comme les vignes ou les vergers, où les insectes ravageurs peuvent causer des pertes importantes. Par exemple, une chauve-souris peut consommer jusqu’à 600 moustiques en une heure, réduisant ainsi les nuisances pour les humains et les animaux d’élevage. Ces bénéfices indirects soulignent l’importance de protéger ces espèces, non seulement pour l’environnement, mais aussi pour l’économie rurale.

