Que disent les chefs de parti aux micros des balados?
Ces tribunes médiatiques dans l’air du temps ont la cote en contexte électoral..
Lors des périodes préélectorales et des campagnes électorales au Québec, les cinq principaux chefs de parti ont multiplié leurs participations à des balados (podcasts audio) pour s’exprimer. Ces émissions, souvent longues d’environ soixante minutes, leur permettent de présenter leurs idées politiques de manière plus détaillée que dans les médias traditionnels comme la télévision ou la radio. Selon Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois, ce format offre un avantage : « La formule [balado] est pas mal plus intéressante que la formule entrevue de cinq minutes où tu te fais couper la parole quatre fois ». Les balados politiques les plus populaires incluent Primeau reçoit, Assemblée et Le balado de Rad, où les chefs détaillent leur vision du Québec et leur plateforme électorale.
Les balados permettent aux chefs de parti de toucher des publics plus jeunes et plus spécifiques que ceux des médias traditionnels. Colette Brin, professeure à l’Université Laval, explique que ces plateformes offrent un cadre « décontracté » où les politiciens peuvent se présenter de manière plus humaine, parfois même avec humour. Par exemple, les balados comme Ouvre ton jeu ou Sexe oral permettent aux chefs de partager des anecdotes personnelles ou des réflexions moins conventionnelles. Les animateurs de ces émissions, souvent des influenceurs ou des personnalités non journalistiques, posent des questions moins strictes, ce qui peut rendre les échanges plus accessibles et moins intimidants pour les chefs.
Les balados servent aussi à humaniser les chefs de parti en leur offrant une tribune pour partager des aspects de leur vie privée ou des expériences personnelles. Par exemple, Christine Fréchette, cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ), a évoqué sa rencontre avec son conjoint dans le même quartier de Trois-Rivières sans se connaître. Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), a partagé son expérience de choc post-traumatique après son passage en Irak. Ruba Ghazal, co-porte-parole de Québec solidaire, a abordé des sujets comme son parcours féministe ou sa relation amoureuse lors de son passage à Sexe oral. Ces révélations visent à créer une connexion plus personnelle avec les électeurs.
Les balados sont parfois utilisés pour annoncer des promesses électorales avant leur officialisation. Par exemple, Éric Duhaime a révélé lors de son passage à Primeau reçoit en mars 2026 vouloir supprimer 20 000 postes de fonctionnaires sur cinq ans et régionaliser l’immigration au Québec. Ces annonces, faites en avance, permettent de tester la réaction du public et des médias. Cependant, cette pratique soulève des questions sur la transparence et l’équité, car les chefs peuvent éviter les questions difficiles dans un environnement moins critique que celui des médias traditionnels.
Les experts soulignent que si les chefs de parti privilégient les balados au détriment des médias traditionnels, cela pourrait poser un problème démocratique. Emmanuel Choquette, professeur en communication politique, estime que les médias traditionnels jouent un rôle crucial dans la critique et le contrôle des discours politiques. Sans cette pression, les chefs pourraient s’exprimer dans des « chambres d’écho » où leurs idées ne sont pas remises en question. Colette Brin ajoute que les électeurs doivent rester vigilants et ne pas se contenter des espaces où tout le monde partage les mêmes opinions, car cela limite la diversité des débats.

