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Pluie artificielle : la startup Rainmaker a fait pleuvoir 70 000 m³ sur l’Alaska avec des drones

Numerama · mis à jour il y a 6 j

L'entreprise américaine Rainmaker affirme avoir fabriqué de la pluie au-dessus de l'Alaska, en mesurant exactement la quantité d'eau tombée. Une réalisation qui relance un vieux débat : peut-on vraiment contrôler la météo ?.

Rainmaker crée de la pluie

La startup américaine Rainmaker affirme avoir généré artificiellement 70 000 m³ de pluie et de neige en Alaska les 22 et 23 août 2026, en utilisant deux drones pour disperser de l’iodure d’argent dans des nuages existants. L’objectif était de valider une technique appelée ensemencement des nuages, qui consiste à favoriser la formation de précipitations en ajoutant des particules dans l’atmosphère. L’entreprise a mesuré précisément le volume d’eau obtenu, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’environ 150 foyers américains en seulement 3 heures. Cette avancée repose sur l’utilisation de radars pour suivre en temps réel l’augmentation des précipitations et identifier des signatures d’ensemencement, des motifs distincts des pluies naturelles. Rainmaker se présente ainsi comme la première société privée à prouver scientifiquement l’efficacité de sa méthode, après une première démonstration en avril 2026 en Oregon et dans l’Utah avec 540 000 m³ d’eau revendiqués.

Technique vieille de 80 ans

L’ensemencement des nuages n’est pas une innovation récente. Découverte en 1946 par des chercheurs de General Electric à New York, cette technique repose sur l’utilisation de l’iodure d’argent, un composé inorganique dont la structure cristalline est similaire à celle de la glace. Lorsqu’il est dispersé dans un nuage, il attire les gouttelettes d’eau qui s’agglomèrent autour des cristaux, formant des gouttes ou des flocons plus lourds. Ces précipitations tombent ensuite au sol sous forme de pluie ou de neige. Aux États-Unis, plusieurs États utilisent cette méthode depuis des décennies pour augmenter l’enneigement des stations de ski. Cependant, son efficacité reste difficile à prouver en raison de la variabilité naturelle de la météo. Le Government Accountability Office, organe d’audit du Congrès américain, estime que l’ensemencement permet d’augmenter les précipitations de 0 à 20 % seulement.

Limites et défis persistants

Malgré les avancées de Rainmaker, l’ensemencement des nuages ne peut pas créer de pluie à partir d’un ciel dégagé : il ne fait qu’augmenter les précipitations dans des nuages déjà existants. Cette technique ne constitue donc pas une solution miracle contre la sécheresse, car elle dépend de la présence de nuages, moins fréquents en période de sécheresse. Les volumes d’eau obtenus restent modestes : 70 000 m³ en Alaska ou 540 000 m³ en Oregon et dans l’Utah, soit l’équivalent de la consommation annuelle de quelques centaines de foyers. Rainmaker reconnaît que son procédé permet des augmentations modérées et prévisibles des précipitations, mais insiste sur l’espoir que ces gains accumulés puissent, à long terme, contribuer à recharger les nappes phréatiques. Le choix de l’Alaska, région touchée par le réchauffement climatique, illustre cette tentative de tirer parti des nuages disponibles pour limiter les effets de la sécheresse.

Contexte et enjeux géographiques

L’opération menée en Alaska s’inscrit dans un contexte de crise hydrique dans l’Ouest américain, où la sécheresse menace les ressources en eau. Les États-Unis multiplient les initiatives pour exploiter chaque goutte de pluie, malgré les limites de l’ensemencement. L’Alaska, déjà affectée par des records de chaleur et la fonte des glaciers, représente un terrain d’expérimentation stratégique. Rainmaker, fondée en 2023 en Californie, mise sur cette technologie pour répondre à des défis locaux, comme la baisse du niveau du Grand Lac Salé. Cependant, les experts soulignent que cette méthode ne peut remplacer les économies d’eau ou les politiques de gestion durable. Elle reste un complément, dont l’efficacité dépend des conditions météorologiques et de la présence de nuages exploitables.

Ce que ça pourrait changer

La principale difficulté de l’ensemencement des nuages réside dans la preuve de son efficacité. Comme il n’existe pas de *nuage témoin* pour comparer les résultats, il est impossible d’affirmer avec certitude qu’une pluie est artificielle. Rainmaker contourne ce problème en utilisant des radars pour détecter des *signatures d’ensemencement*, des motifs spécifiques dans les précipitations qui trahissent l’intervention humaine. Cette approche s’appuie sur des recherches comme le projet SNOWIE de 2017, qui avait démontré l’effet de l’ensemencement au radar. Malgré ces avancées, des polémiques persistent, notamment sur l’impact environnemental de l’iodure d’argent, bien que les quantités utilisées restent minimes. Les bénéfices réels de la technique restent donc sujets à débat.

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