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Généraliste

Organiser des élections dans la peur aux États-Unis

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 19 j

Le gouvernement américain, sous l’impulsion de Donald Trump, tente de s’ingérer dans le processus électoral..

Menaces fédérales aux États

En juillet 2024, Jared DeMarinis, responsable des élections dans le Maryland, a reçu un courriel inhabituel du département américain de la Justice. Ce dernier le menaçait de poursuites criminelles si des votes de non-citoyens étaient comptabilisés lors des élections de mi-mandat de novembre 2024. Cette lettre, envoyée à tous les organisateurs électoraux des 50 États américains, s’inscrit dans une logique de prévention contre une fraude électorale qui, selon les experts, n’existe pas. DeMarinis a réagi avec surprise, soulignant qu’il ne faisait qu’appliquer les lois fédérales et étatiques en vigueur. Le département de la Justice, une branche du gouvernement fédéral, n’est pas censé intervenir dans l’organisation des élections, une compétence réservée aux États. Cette intrusion a été perçue comme une tentative de pression politique, notamment dans un contexte où l’ancien président Donald Trump conteste sans preuve la défaite de 2020, évoquant des fraudes massives.

Rôle des États dans les élections

Aux États-Unis, l’organisation des élections relève exclusivement des États, comme le prévoit la Constitution. Chaque État embauche des travailleurs électoraux, vérifie l’éligibilité des votants et établit des plans de secours en cas d’imprévus (panne de courant, cyberattaque, etc.). Par exemple, en Géorgie, un État clé pour les élections, une vérification exhaustive des listes électorales en 2024 a révélé que seulement 20 non-citoyens sur 8,2 millions d’électeurs enregistrés avaient tenté de voter, soit un taux de 0,0002 %. Cette indépendance des États vis-à-vis du gouvernement fédéral est une particularité du système électoral américain. Pourtant, l’administration Trump a tenté d’étendre son influence, comme en témoigne une proposition avortée visant à faire gérer l’envoi des bulletins de vote par le service postal américain, une initiative bloquée par la Cour suprême.

Fraude électorale quasi inexistante

Le vote de non-citoyens est extrêmement rare aux États-Unis. En Géorgie, sur 8,2 millions d’électeurs en 2024, seuls 20 cas suspects ont été identifiés, soit 0,0002 % des inscrits. Cette donnée illustre l’absence de fraude électorale massive, un argument souvent avancé par Donald Trump sans preuve pour contester sa défaite de 2020. Les organisateurs électoraux interrogés dans six États (Oregon, Minnesota, Maryland, Nevada, Vermont et Maine) ont tous confirmé qu’aucune fraude n’avait été détectée et que les votes seraient comptés normalement. Pourtant, l’administration Trump continue de semer le doute, comme lors d’une convention républicaine où Trump a appelé ses partisans à tricher, déclarant : « Comme ils [les démocrates] le font ». Ces déclarations alimentent un climat de méfiance autour du processus électoral.

Menace de déploiement de l’ICE

Une nouvelle source d’inquiétude pour les organisateurs électoraux est la possibilité que des agents de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), une agence fédérale chargée de l’immigration, soient déployés près des bureaux de vote lors des élections de novembre 2024. Donald Trump a déclaré en mai 2024 qu’il déploierait « tout ce qui est nécessaire pour avoir des élections honnêtes ». Cependant, une loi fédérale interdit l’utilisation de troupes ou d’hommes armés près des lieux de vote, sauf pour repousser des ennemis armés des États-Unis. Les secrétaires d’État interrogés, comme Francisco Aguilar du Nevada, ont affirmé être prêts à contester juridiquement cette éventualité. Aguilar a également évoqué la collaboration avec la police locale pour protéger les électeurs et les employés électoraux, rappelant que le fédéral n’a pas de juridiction sur les bureaux de vote.

Impact sur la participation électorale

La simple rumeur d’un déploiement de l’ICE près des bureaux de vote pourrait dissuader certains électeurs de se rendre aux urnes, notamment dans des États comme le Texas, la Floride ou la Géorgie, où vivent de nombreux citoyens naturalisés. Lisa Bryant, experte en science politique, souligne que ces États ont déjà restreint l’accès au vote par correspondance ces dernières années, ce qui pourrait réduire encore la participation. Pour contrer cette peur, les secrétaires d’État recommandent aux électeurs inquiets de voter par anticipation ou par correspondance. Shenna Bellows, secrétaire d’État du Maine, a déclaré : « Le vote, c’est le rempart ultime contre la tyrannie. Nous voulons que les gens aillent participer en grand nombre ». Jared DeMarinis, du Maryland, a ajouté : « Voter, c’est un droit sacré. En ne votant pas, vous laissez d’autres le faire ».

Ce que ça pourrait changer

Le climat électoral aux États-Unis en 2024 est marqué par une polarisation extrême, alimentée par les déclarations de *Donald Trump* sur une prétendue fraude massive en 2020. Bien que les organisateurs électoraux des 50 États aient assuré que les élections se dérouleraient normalement, l’administration Trump multiplie les pressions pour contrôler le processus électoral. Michael Hanmer, professeur de sciences politiques, estime que ces menaces visent davantage à semer la peur qu’à être mises à exécution, car un déploiement massif de l’*ICE* pourrait se retourner politiquement contre Trump. Pourtant, depuis le début de son deuxième mandat, des agents de l’*ICE* ont été impliqués dans 9 morts et 13 blessés lors de fusillades, selon un reportage de *CBS News* publié en octobre 2024. Ce contexte alimente un sentiment d’insécurité parmi les électeurs.

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