Accès aux services en français : des progrès, mais encore du travail à faire en Ontario
L'expansion des régions désignées, annoncée en décembre, progresse trop lentement, selon des intervenants..
L'Ontario a annoncé en décembre 2025 l'expansion des régions désignées pour les services en français, couvrant désormais des zones supplémentaires comme Chatham-Kent, Hamilton, les Comtés unis de Stormont, Dundas et Glengarry, le comté d'Essex, le comté de Renfrew et le district de Thunder Bay. Cette mesure vise à étendre l'accès aux services gouvernementaux dans la langue de Molière à environ 7 700 francophones supplémentaires d'ici 2029. Les régions désignées sont des territoires où les institutions provinciales doivent obligatoirement offrir des services en français, conformément à la Loi sur les services en français de l'Ontario. Cependant, cette expansion progresse lentement, suscitant des critiques sur son rythme.
À Chatham-Kent, Marthe Dumont, secrétaire du Centre communautaire La Girouette, rapporte des difficultés persistantes pour obtenir des services en français malgré la désignation partielle de la région. Elle cite l'exemple d'un bureau de ServiceOntario où une employée a proposé une traduction par téléphone plutôt qu'un service direct en français, qualifiant cette offre de « très déplorable ». Ces difficultés sont attribuées à un manque de visibilité et de préparation, avec des services souvent « cachés » ou mal signalés. À Hamilton, Lanciné Koulibaly, directeur général du Centre francophone, souligne que l'offre de services en français n'a pas suivi la croissance des initiatives locales, malgré l'arrivée de centaines de familles francophones chaque année.
L'expansion des régions désignées est prévue pour 2029, mais certains acteurs, comme Marthe Dumont, jugent ce délai trop long. Elle estime que des mesures pourraient être mises en place immédiatement, citant l'exemple de la Régie des alcools de l'Ontario (LCBO), où l'embauche de personnel francophone ne nécessiterait pas trois ans. Lanciné Koulibaly reconnaît que la logistique prend du temps, notamment pour les embauches et la préparation des infrastructures, mais admet que l'attente peut sembler excessive pour les communautés concernées.
Le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO), Fabien Hébert, insiste sur la nécessité d'un plan clair pour la mise en œuvre des services en français. Il demande l'identification des bureaux concernés, une capacité bilingue suffisante, une offre active (c'est-à-dire une promotion proactive des services en français) et un suivi régulier des progrès. Le Bureau de l'ombudsman de l'Ontario a enregistré 315 plaintes ou demandes de renseignements liés aux services en français entre octobre 2024 et septembre 2025, soit une baisse de 20,3 % par rapport à l'année précédente, selon son dernier rapport.
Geneviève Oger, porte-parole du ministère des Affaires francophones de l'Ontario, explique qu'une période de trois ans est typique pour intégrer de nouveaux territoires aux régions désignées. Elle souligne que cette durée permet de développer les capacités nécessaires, comme le recrutement de personnel bilingue et le déploiement progressif de ressources et de signalisation bilingue. Par exemple, *Tribunaux décisionnels Ontario* a traité 1 029 procédures en français en 2024-2025, soit 282 de plus que l'année précédente, grâce à des formations et au recrutement d'arbitres francophones.

