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Géopolitique

En mer Rouge, la Chine entend jouer sa partition militaire et sécuritaire

Courrier International · mis à jour il y a 14 j

Les bouleversements géopolitiques au Moyen-Orient ont des conséquences en mer Rouge et dans la Corne de l’Afrique. La Chine, qui possède d’importants intérêts économiques dans la région, développe ses capacités sécuritaires : Pékin procède notamment à la modernisation de sa base de Djibouti et organise des exercices militaires conjoints avec des pays de la sous-région.

Contexte géopolitique

La mer Rouge et la Corne de l’Afrique sont devenues des zones de tensions géopolitiques majeures en 2026. Les bouleversements au Moyen-Orient, notamment les conflits impliquant l’Iran et les groupes armés comme les Houthis au Yémen, ont des répercussions directes sur cette région stratégique. Deux détroits clés, Ormuz (entre le golfe Persique et le golfe d’Oman) et Bab El-Mandeb (entre la mer Rouge et le golfe d’Aden), sont au cœur de ces tensions. Leur fermeture ou leur perturbation menace les routes commerciales mondiales, car environ 12 % du commerce maritime mondial transite par ces passages. La piraterie, en hausse dans le golfe d’Aden (notamment au large de la Somalie), aggrave cette instabilité, mettant en péril la sécurité des navires et des approvisionnements énergétiques.

Intérêts chinois

La Chine, première puissance commerciale mondiale, dépend fortement de ces routes maritimes pour ses importations de pétrole (notamment depuis le Moyen-Orient) et ses exportations vers l’Europe et l’Afrique. En 2026, Pékin possède des intérêts économiques majeurs dans la région, notamment des investissements dans les ports de Djibouti, du Soudan et de l’Érythrée. Ces intérêts exposent la Chine à des risques sécuritaires : une perturbation des échanges pourrait affecter son économie, très dépendante des importations. Face à cette vulnérabilité, la Chine cherche à sécuriser ses approvisionnements et à protéger ses intérêts en développant une présence militaire et sécuritaire dans la zone.

Base de Djibouti

Depuis 2017, la Chine dispose d’une base militaire à Djibouti, son unique installation permanente à l’étranger. En 2024-2026, cette base a fait l’objet d’une modernisation majeure, avec la construction de deux complexes de communication achevés à mi-2026. Ces infrastructures permettent à la Chine d’améliorer ses capacités de renseignement, de surveillance et de coordination militaire dans la région. Djibouti, pays situé à l’entrée de la mer Rouge, est un point stratégique pour contrôler les flux maritimes. Cette base symbolise l’ambition chinoise de jouer un rôle de garant de la stabilité régionale, tout en protégeant ses intérêts économiques.

Exercices militaires

La Chine organise régulièrement des exercices militaires conjoints avec des pays de la région, comme des manœuvres navales contre la piraterie et le terrorisme au large de Canton en octobre 2024. Ces exercices visent à démontrer la capacité de la Chine à intervenir en mer Rouge et à collaborer avec des partenaires locaux. Ils s’inscrivent dans une stratégie plus large de projection de puissance, où Pékin cherche à se positionner comme un acteur incontournable de la sécurité maritime. Ces initiatives s’ajoutent à des partenariats économiques et diplomatiques, renforçant l’influence chinoise dans la Corne de l’Afrique.

Ce que ça pourrait changer

En développant ses capacités militaires et sécuritaires en mer Rouge, la Chine pourrait endosser un rôle de « gendarme » régional, comme le suggèrent plusieurs observateurs. Pékin se présente comme un acteur stabilisateur, capable de garantir la sécurité des routes commerciales et de lutter contre la piraterie. Cette posture contraste avec celle des États-Unis ou de la France, déjà présents militairement à Djibouti. Cependant, cette ambition soulève des questions sur les intentions réelles de la Chine : s’agit-il d’une volonté sincère de contribuer à la stabilité, ou d’une stratégie pour étendre son influence et sécuriser ses approvisionnements ?

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