Une empoisonneuse en série a-t-elle tué des centaines d'hommes dans l'Italie de la Renaissance?
Giulia Tofana serait à l'origine de centaines de morts dans l'Italie du XVIIe siècle. Pourtant, son nom n'apparaît dans aucun dossier judiciaire de l'époque.
Dans l'Italie du XVIIe siècle, des hommes mouraient de manière mystérieuse et progressive. Les symptômes, comme des douleurs d'estomac, des vomissements et de la fièvre, laissaient les médecins perplexes car aucune cause apparente n'était identifiée. Une légende attribue ces décès à un poison appelé Aqua Tofana, réputé pour être indétectable. Ce liquide aurait été utilisé par des épouses souhaitant se débarrasser de leurs maris, souvent après des mariages forcés ou violents. Les archives de l'époque décrivent une maladie aux effets dévastateurs, mais sans preuve formelle reliant ces morts à un poison spécifique. Les récits ultérieurs ont amplifié cette histoire, en faisant une énigme criminelle majeure de la Renaissance italienne.
Giulia Tofana est une figure historique souvent présentée comme une empoisonneuse en série ayant tué des centaines d'hommes. Née Giulia Mangiardi en 1581, elle serait morte de causes naturelles à Rome en 1651, à l'âge de 70 ans. Contrairement à la légende, elle n'a jamais été condamnée pour empoisonnement. Son surnom viendrait d'une autre empoisonneuse, Thofania d'Adamo, exécutée à Palerme pour avoir tué son mari. Giulia Mangiardi était en réalité guérisseuse, entremetteuse, voyante et vendeuse de cosmétiques maison. Elle évoluait dans une économie souterraine mêlant apothicaires, astrologues et religieux peu scrupuleux, où le meurtre n'était qu'un service parmi d'autres.
L'activité de Giulia Mangiardi a prospéré grâce à un réseau familial. Sa belle-fille, Gironima Spana, a repris ses affaires et dirigé un véritable réseau de fabrication et de distribution de poison à Rome. Ce réseau comptait deux complices et ciblait principalement des femmes mariées de force à des hommes souvent violents. Les clientes n'étaient pas des criminelles endurcies, mais des femmes ordinaires cherchant une issue à des situations conjugales insupportables. Le divorce n'étant pas une option à l'époque, le poison représentait une solution radicale. Le réseau a été démantelé après un guet-apens tendu par les autorités romaines.
En 1659, cinq femmes du réseau, dont Gironima Spana, ont été exécutées par pendaison à Rome devant une foule immense. Gironima Spana a nié jusqu'au bout les accusations, mais les aveux sous la torture de ses complices ont scellé son destin. Le nombre réel de victimes reste incertain. Les historiens estiment aujourd'hui que les récits mentionnant des centaines de morts sont exagérés. Les archives étudiées par l'historienne Simona Feci révèlent que Giulia Tofana n'a jamais été jugée, contrairement à ce que la légende suggère. Les minutes du procès des cinq femmes exécutées ne mentionnent pas son nom.
L'Aqua Tofana était principalement composé d'arsenic, parfois mélangé à du plomb. Ce poison était mortel à forte dose après 24 heures, mais il était généralement administré progressivement. Quelques gouttes ajoutées au vin ou à la soupe pendant une à deux semaines suffisaient à tuer, avec des pauses pour éviter de susciter des soupçons. Les médecins de l'époque, incapables de détecter l'arsenic, étaient souvent trompés par des symptômes ressemblant à une maladie naturelle. Cette méthode permettait aux empoisonneuses de brouiller les pistes et de retarder toute suspicion. La recette exacte reste inconnue, mais les historiens s'accordent sur les composants principaux.
La légende de Giulia Tofana, empoisonneuse en série ayant tué des centaines d'hommes, a persisté pendant plus de 350 ans. Pourtant, les archives et les travaux récents, comme ceux de Simona Feci dans son ouvrage *L'acquetta di Giulia*, révèlent une réalité plus nuancée. Giulia Mangiardi n'était pas une tueuse en série, mais une guérisseuse évoluant dans une économie souterraine. Son histoire a été transformée en mythe, alimentant des produits dérivés vendus en ligne et faisant d'elle une icône féministe. Cette légende continue de fasciner, bien que les preuves historiques la démentent partiellement. Les chercheurs soulignent que le personnage de Giulia Tofana est davantage une construction culturelle qu'une réalité criminelle avérée.

