Comment les contre-tarifs canadiens affecteront-ils votre portefeuille?
Leurs premiers effets pourraient se faire sentir d’ici quelques semaines..
Le Canada a mis en place des contre-tarifs (ou droits de douane de représailles) à partir du mardi 1er avril 2025 en réponse aux droits de douane américains imposés précédemment. Ces mesures concernent des centaines de produits américains, avec des taux de taxation variables : 15 %, 25 % ou 50 %. L’objectif est de riposter aux politiques commerciales des États-Unis, qui avaient eux-mêmes instauré des tarifs douaniers sur certains produits canadiens. Florence Jean-Jacobs, économiste principale chez Desjardins, souligne que ces contre-tarifs visent des secteurs spécifiques comme l’acier, l’aluminium, les produits laitiers, les électroménagers, le matériel agricole, les pâtes et papiers, les plastiques et l’électronique. Parmi les produits les plus exposés figurent les vêtements, les chaussures, les appareils électroménagers, les jouets, les meubles, les bijoux, les produits ménagers et les voitures.
Les contre-tarifs canadiens toucheront de manière inégale différents secteurs économiques. Les produits alimentaires comme le lait en poudre, le miel ou la mélasse ne devraient pas subir de hausse de prix significative, car ils sont importés en faible quantité au Canada et des substituts locaux existent. En revanche, le secteur de la construction pourrait être fortement affecté, notamment en raison de l’absence de produits de substitution faciles à trouver pour certains équipements et matériaux. Michel Rochette, président pour le Québec du Conseil canadien du commerce de détail, précise que les produits de papier (papier hygiénique, essuie-tout, boîtes de carton, enveloppes) seront rapidement touchés, tout comme les vêtements, les produits cosmétiques et les parfums. Les meubles, les électroménagers, la quincaillerie, les matériaux de construction et l’électronique subiront des hausses de prix plus lentes mais potentiellement plus fortes, avec des effets visibles dès l’hiver 2025.
Les hausses de prix ne seront pas immédiates et dépendront du type de produit concerné. Florence Jean-Jacobs explique que les produits à rotation rapide ou périssables (comme les produits de papier ou les cosmétiques) verront leurs prix augmenter en quelques semaines. En revanche, pour des produits comme les électroménagers ou les voitures, dont les stocks sont importants et les délais de réapprovisionnement longs, l’impact se fera sentir plus tardivement, probablement à l’hiver 2025. Certains contre-tarifs portant sur des intrants (matières premières ou composants utilisés dans la fabrication de produits finis) pourraient mettre plus de temps à se répercuter sur les prix finaux, car leur intégration dans la chaîne de production est progressive. La présence de substituts non américains atténuera partiellement ces hausses.
Les entreprises (grossistes et détaillants) ne devraient pas nécessairement répercuter intégralement les coûts des contre-tarifs sur les prix de vente. Florence Jean-Jacobs estime qu’elles pourraient absorber une partie de ces coûts en réduisant temporairement leurs marges bénéficiaires. Cependant, Jasmin Guénette, vice-président aux affaires nationales de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, met en garde : les entreprises ne pourront pas absorber ces coûts indéfiniment. La proportion des tarifs effectivement transférée aux consommateurs dépendra de l’existence de substituts locaux ou internationaux. Pour les produits très spécialisés ou sans alternative, la hausse des prix sera inévitable. L’économiste craint que des entreprises non rentables ne soient contraintes de fermer, entraînant des pertes d’emplois et une baisse de la consommation.
Les contre-tarifs pourraient avoir des répercussions plus larges sur l’économie canadienne. Florence Jean-Jacobs souligne que les entreprises incapables de trouver des substituts à leurs intrants américains verront leur compétitivité diminuer, ce qui pourrait entraîner des mises à pied ou une réduction de leurs activités. Une baisse de la rentabilité dans certains secteurs pourrait aussi limiter les investissements et freiner l’innovation. À plus long terme, si les tensions commerciales persistent, les consommateurs pourraient réduire leurs dépenses en raison de la hausse des prix, ce qui affecterait la croissance économique. L’économiste insiste sur la nécessité de surveiller ces effets pour anticiper d’éventuelles adaptations des politiques commerciales ou des stratégies d’approvisionnement.

