« Les rapports spatiaux sont des rapports de force » : Yves Lacoste et la géopolitique
Le nom du géographe Yves Lacoste, disparu le 20 juin à 97 ans, est associé à la géopolitique, discipline qui a en ce moment le vent en poupe, y compris au lycée avec la récente spécialité HGGSP. Pourtant, ce patronage est on ne peut plus éloigné du projet initial de celui qui fut un protagoniste du renouvellement de la géographie.
Yves Lacoste, décédé le 20 juin 2026 à l'âge de 97 ans, était un géographe français connu pour avoir renouvelé sa discipline dans les années 1960 à 1990. Né le 7 septembre 1927 à Fez (Maroc), il a enseigné en Algérie de 1952 à 1955, où il a été marqué par l'injustice coloniale, ce qui a influencé ses engagements politiques. Il a quitté le Parti communiste français en raison de son opposition à la politique algérienne du gouvernement. Bien qu'il ait été perçu comme un innovateur, son approche théorique et épistémologique reste débattue parmi les géographes. Il est surtout reconnu pour avoir rendu la géographie plus accessible et critique, en s'opposant à l'académisme traditionnel de sa discipline.
Yves Lacoste est souvent associé à la géopolitique, une discipline qui étudie les rapports de force entre États ou groupes humains dans l'espace. Son ouvrage le plus célèbre, La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre (1976), résume sa vision : la géographie n'est pas neutre, elle sert à organiser et contrôler les territoires, souvent au service du pouvoir. Cette idée a marqué un tournant en montrant que les enjeux spatiaux (frontières, ressources, accès) sont toujours liés à des conflits d'influence. En 2019, la géopolitique est devenue une spécialité enseignée au lycée en France, dans le cadre du module Histoire, Géographie, Géopolitique et Science Politique (HGGSP), reflétant son importance croissante dans l'analyse des relations internationales.
Malgré son influence, Yves Lacoste n'est pas considéré comme un théoricien majeur de la géographie. Son approche a été critiquée pour son manque de rigueur épistémologique, notamment par des géographes comme Roger Brunet, Jacques Lévy ou Claude Raffestin. Cependant, son rôle dans la popularisation de la géopolitique et son engagement militant (notamment contre la guerre du Vietnam) ont marqué l'histoire intellectuelle française. Il a fondé la revue Hérodote en 1976, qui a joué un rôle clé dans la diffusion de ses idées, avec des formules choc comme « La géographie sert d’abord à faire la guerre ».
La géopolitique connaît un regain d'intérêt depuis les années 2010, notamment en raison de la multiplication des conflits (Ukraine, Moyen-Orient, tensions en mer de Chine). Des think tanks comme Le Grand Continent ou des institutions comme l'École normale supérieure (ENS) de Paris promeuvent cette discipline comme un outil essentiel pour comprendre le monde actuel. En juillet 2026, un colloque organisé par Le Grand Continent à l'ENS a même célébré Lacoste comme un « père fondateur » de la géopolitique française, soulignant son héritage dans la formation d'une école de pensée nationale. Cette discipline est désormais enseignée dans des lycées français et suscite l'intérêt d'un public large, bien au-delà des cercles académiques.
Son livre *La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre* (1976, réédité en 2014) reste une référence pour comprendre sa vision des rapports spatiaux comme rapports de force. Dans cet ouvrage, il explique que les États utilisent la géographie pour contrôler les populations et les territoires, que ce soit par la cartographie, l'urbanisme ou la stratégie militaire. Cette idée a influencé des générations de chercheurs et de décideurs, même si elle a aussi été critiquée pour son côté provocateur. La formule *« La géographie ça sert, d’abord, à faire la guerre »* est souvent citée pour illustrer cette approche, bien que Lacoste lui-même ait nuancé son propos dans ses travaux ultérieurs.

