Patrouille des déjections depuis l’espace : des satellites repèrent l’épandage de fumier en hiver
Un modèle informatique a passé au crible deux hivers d'images satellites dans le Wisconsin. Il y a repéré plus d'un millier d'épandages de fumier en hiver, souvent près de cours d'eau déjà dégradés.
En octobre 2026, l’Environmental Law & Policy Center (ELPC), un centre juridique basé à Chicago, a utilisé des images satellites pour surveiller l’épandage de fumier dans l’État du Wisconsin pendant deux hivers consécutifs, ceux de 2024-2025 et 2025-2026. Les satellites ont repéré 1 094 épandages probables, principalement dans les comtés de Polk, St. Croix et Dane. Cette méthode repose sur l’analyse de photos publiques où le fumier frais, sombre, contraste avec la neige blanche, facilitant ainsi son identification. Le modèle informatique utilisé ne permet pas de confirmer des infractions sur le terrain, mais il offre une vision d’ensemble bien plus large que les inspections locales, souvent limitées à quelques parcelles par hiver.
Parmi les 1 094 épandages détectés, 729 se situent dans des bassins versants dégradés, c’est-à-dire des zones où les cours d’eau sont déjà fragilisés par des excès de nutriments comme l’azote et le phosphore. Ces nutriments, présents dans le fumier, sont transportés par l’eau de fonte vers les rivières, aggravant la pollution. Le rapport souligne que 344 épandages ont été identifiés dans des zones où le ruissellement présente un risque élevé, c’est-à-dire des terrains en pente ou proches de fossés. Ces épandages illégaux ou mal contrôlés en hiver accentuent la dégradation des écosystèmes aquatiques déjà fragiles.
Au Wisconsin, les grandes exploitations agricoles classées CAFO (Concentrated Animal Feeding Operations) sont soumises à des restrictions d’épandage en février et mars, mais les petites fermes échappent à ces obligations. Elles peuvent donc épandre du fumier en hiver sans calendrier imposé, tant que le sol n’est pas gelé. Le rapport de l’ELPC recommande d’élargir ces restrictions en fonction de l’état du sol et de la présence de neige. Actuellement, les agences locales inspectent très peu de parcelles en hiver, ce qui rend difficile le contrôle des pratiques. Les satellites pourraient aider à cibler les zones à risque pour des inspections prioritaires.
Le modèle satellite présente des limites : il ne détecte pas les épandages sur sol gelé sans neige ou sous une couverture nuageuse. De plus, il signale des *épandages probables* et non des infractions avérées. Malgré ces contraintes, l’outil permet d’identifier des tendances impossibles à suivre avec les moyens traditionnels. Katie Garvey, juriste à l’ELPC, estime que cette technologie offre une vision inédite des pratiques agricoles hivernales. Elle pourrait servir à prioriser les inspections ou à sensibiliser les agriculteurs aux risques environnementaux liés à l’épandage en hiver.

