Une «blessure invisible» : un an après l’incendie à Marseille, la lente reconstruction psychologique des victimes
Alors que d’importants feux font rage dans le sud de la France depuis plusieurs jours, Vert est allé à la rencontre de victimes d’un incendie dans le nord de Marseille survenu en 2025. Il y a un an jour pour jour, les habitant·es du quartier de l'Estaque ont vu 750 hectares partir en fumée.
Le 8 juillet 2025, un incendie majeur a ravagé 750 hectares entre les Pennes-Mirabeau et le quartier de l'Estaque, au nord de Marseille. Le vent fort du mistral a attisé les flammes, qui ont entouré la maison de Dominique Laurent-Crippa, une retraitée de 64 ans installée dans ce quartier depuis 1991. La fumée dense et les températures élevées ont créé une atmosphère de danger extrême, comparée par la victime à la catastrophe de Pompéi. Cet incendie s'inscrit dans un contexte de multiplication des feux de forêt en France : en 2026, plus de 11 000 hectares ont déjà été brûlés, soit deux fois plus qu'à la même période en 2025.
Selon une étude publiée en 2024 dans The Lancet, jusqu'à 60 % des adultes pourraient souffrir de stress post-traumatique six mois après un feu de forêt. Ce trouble se manifeste par des symptômes envahissants au quotidien, comme une anxiété permanente, des troubles du sommeil ou des stratégies d'évitement des lieux touchés par le feu. Dominique Laurent-Crippa, ancienne infirmière psychologue, illustre cette réalité : elle débroussaille manuellement ses haies et surveille les risques d'incendie en permanence. Marion Dubois, psychiatre coordonnatrice de la Cellule d'urgence médico-psychologique (CUMP), souligne que ces symptômes peuvent persister pendant des années si aucun accompagnement n'est proposé.
Sur les 91 habitations touchées par l'incendie, 51 ont été entièrement détruites selon la préfecture des Bouches-du-Rhône. Un an après, de nombreuses maisons restent en ruine, symbolisant l'absence de reconstruction. Les victimes font face à des démarches administratives complexes, incluant le relogement, les assurances et les travaux. Mathilde Favier, présidente de l'Association des victimes de l'incendie du 8 juillet 2025, attendait initialement une reconstruction pour l'été 2026, mais les travaux n'ont toujours pas commencé. Valérie Bournet, dont la maison et son agence de voyage ont été détruites, décrit une « double peine » : l'insécurité matérielle et la perte de son écosystème personnel.
Les victimes de l'incendie à Marseille souffrent de blessures invisibles, un terme utilisé par la psychologue de Valérie Bournet pour décrire les traumatismes psychologiques persistants. Ces blessures incluent un sentiment d'exil de sa propre vie, une insécurité permanente et une souffrance intérieure difficile à partager. Valérie Bournet évoque la perte de son écosystème, c'est-à-dire l'ensemble des liens sociaux, professionnels et personnels qu'elle avait construits. Malgré la résilience de la nature, visible avec quelques plants de tomates ayant survécu, sa reconstruction passe par l'écriture d'une pièce de théâtre, qu'elle espère achever en 2028. Elle définit ce projet comme une « quête initiatique » pour comprendre et surmonter les ravages de l'incendie.
Les victimes de l'incendie de Marseille font face à un épuisement moral et à un sentiment d'abandon en raison des délais administratifs interminables. L'Association des victimes de l'incendie du 8 juillet 2025, créée en décembre 2025, dénonce des démarches bureaucratiques complexes et des indemnités qui se font attendre. Valérie Bournet a accepté une indemnisation malgré un manque à gagner pour préserver sa santé mentale, comparant cette situation à un « hamster en cage » où les promesses de progrès ne se concrétisent pas. Les retards dans les travaux et les indemnisations aggravent le stress et l'anxiété des sinistrés, déjà marqués par l'incendie.
L'Association des victimes de l'incendie du 8 juillet 2025, fondée en décembre 2025, joue un rôle clé dans le soutien aux sinistrés. Elle représente les victimes face aux assurances et aux institutions, tout en dénonçant les lacunes du système administratif. Mathilde Favier, sa présidente, lutte pour accélérer les indemnisations et les reconstructions, malgré la fatigue et l'usure liées à ces combats. Cette association met en lumière les difficultés des victimes, souvent laissées seules face à des processus complexes et des délais incompréhensibles, aggravant leur détresse psychologique.

