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Économie

Lettre ouverte au candidat Raphaël Glucksmann

Alternatives Économiques · mis à jour il y a 2 j

Cher Raphaël Glucksmann, lors de la primaire de la gauche sociale-démocrate, plus de 66 % des suffrages se sont portés sur votre nom. Sauf à s’appeler Xi Jinping, aucun leader ne pouvait espérer un score supérieur ! La gauche « socialiste et démocratique » a donc un candidat et un seul, vous.

Victoire de Glucksmann

Lors de la primaire de la gauche sociale-démocrate en 2026, le candidat Raphaël Glucksmann a obtenu plus de 66 % des suffrages exprimés, soit environ 120 000 voix. Ce score exceptionnel, comparé à une victoire écrasante, marque un tournant pour la gauche « socialiste et démocratique » en France. Les résultats sont perçus comme une réponse à l’impatience des militants face aux tergiversations des appareils partisans. Cependant, malgré cette victoire claire, le processus primaire a été critiqué pour son manque de clarté et son calendrier tardif : à moins de six mois du premier tour de l’élection présidentielle, de nombreuses questions restent en suspens, notamment sur la stratégie et les propositions concrètes du candidat.

Positionnement face à LFI

Le vote des militants a permis de trancher une question centrale : Raphaël Glucksmann exclut tout accord avec La France Insoumise (LFI), mais rejette également une opposition systématique à ce parti, qualifiée de « mortifère ». Ce positionnement vise à éviter une division stérile de la gauche, tout en cherchant une voie autonome pour la victoire électorale. L’article rappelle que d’autres candidats de gauche, comme François Mitterrand en 1981, Lionel Jospin en 1997 ou François Hollande en 2012, ont réussi à gagner sans rassembler toute la gauche. Cependant, cette stratégie reste un défi majeur, d’autant que Jean-Luc Mélenchon, leader de LFI, défend l’idée qu’il n’existe qu’une seule gauche légitime : la sienne.

Unité de la gauche

L’aspiration à l’unité de la gauche est portée par le mouvement social, qui y voit un moyen de faire aboutir des revendications concrètes. Historiquement, cette unité a permis des avancées majeures : en 1981, sous Mitterrand, les retraites et les salaires ont été améliorés après Mai-68 ; en 1997, sous Jospin, la réduction du temps de travail a été mise en place pour lutter contre le chômage ; en 2012, sous Hollande, la lutte contre le capitalisme financier a été au cœur du programme. Aujourd’hui, cette unité se manifeste encore dans l’action des centrales syndicales face à la menace de l’extrême droite. Pourtant, le débat sur la qualification du génocide des Palestiniens à Gaza reste ouvert, tant que la situation humanitaire ne s’améliore pas.

Libertés et ordre juridique

Le candidat Glucksmann doit clarifier sa position sur les libertés en France, notamment sur l’usage des LBD (Lanceurs de Balles de Défense), des armes controversées utilisées par les forces de l’ordre lors des manifestations. Bien qu’il ait évoqué l’abandon de leur utilisation contre les lycéens, la question se pose pour l’ensemble des citoyens. Plus largement, il s’agit de redéfinir la doctrine française du maintien de l’ordre, un ensemble de règles encadrant l’action des forces de l’ordre. Depuis 2017, un ordre juridique d’exception a été instauré en France, incluant des mesures comme les interdictions de manifester par les préfets ou les amendes délictuelles, qui limitent les libertés fondamentales. Une réforme en profondeur de ce système est nécessaire pour restaurer les droits démocratiques.

Réforme de Parcoursup

Le mouvement des lycéens revendique la suppression de Parcoursup, un algorithme utilisé pour l’orientation et l’admission dans l’enseignement supérieur. Cet outil est critiqué pour son manque de transparence et son rôle dans la sélection des candidats, générant angoisse et exclusion. Cependant, supprimer Parcoursup sans repenser le système éducatif dans son ensemble serait insuffisant. Il faudrait interroger les missions et les moyens de l’enseignement supérieur, qui utilisent cet algorithme comme un outil de tri, excluant un maximum de candidats. Une réforme ambitieuse devrait inclure une réflexion sur l’accès à l’éducation, les inégalités sociales et les attentes des jeunes.

Héritage macroniste

Pour rompre avec le macronisme, il ne suffit pas de le critiquer : il faut proposer des alternatives concrètes aux politiques publiques laissées en héritage par Emmanuel Macron. Parmi ces politiques figurent les exemptions fiscales pour les plus aisés et les grandes entreprises, la politique de l’offre (qui favorise les entreprises au détriment des services publics), le système des retraites en difficulté, et l’autoritarisme patronal dans les entreprises. Ces choix ont contribué à creuser les inégalités et à augmenter la pauvreté en France. Pour y remédier, des mesures comme la justice fiscale, la transition écologique et la réindustrialisation sont indispensables, mais elles doivent s’inscrire dans une vision globale pour sortir le pays de la crise financière et structurelle.

Ce que ça pourrait changer

Avec seulement quelques mois avant l’élection présidentielle, le temps presse pour combler les lacunes du programme de Raphaël Glucksmann. Dès l’été 2026, la rédaction d’*Alternatives Économiques* a invité le candidat à débattre des enjeux économiques et sociaux avec d’autres figures de gauche, comme Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin ou Olivier Faure. Cette invitation reste d’actualité, car les questions soulevées – justice fiscale, transition écologique, réindustrialisation – sont cruciales pour répondre aux défis du pays. Un échange public permettrait de clarifier les propositions et de rassurer les électeurs sur la crédibilité du projet.

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