« Je pense qu’il faut refuser de dépendre de solutions américaines » : avec Arcadia, la France mise sur son IA de commandement pour échapper à l’Américain Palantir
Arcadia, le futur logiciel de commandement des armées françaises dopé à l'IA, a été présenté fin septembre par le Commissariat au numérique de défense. Il doit répondre à Maven, l'outil de l'américain Palantir que l'OTAN utilise déjà..
Arcadia est un nouveau logiciel de commandement et de contrôle (C2) développé par la France pour moderniser ses armées. Un C2 est un système informatique qui permet aux états-majors militaires de coordonner les opérations, rassembler des informations et prendre des décisions en temps réel. Contrairement aux outils existants, Arcadia est conçu comme une plateforme ouverte, comparable à un Play Store militaire, où des applications spécialisées peuvent être ajoutées ou retirées selon les besoins. Ce projet, présenté fin septembre 2026 par le Commissariat au numérique de défense (CND), vise à remplacer des systèmes obsolètes et éclatés, avec 1 500 à 2 000 outils différents actuellement utilisés dans les armées françaises. L'objectif est de centraliser et d'optimiser la gestion des données militaires grâce à l'intelligence artificielle (IA).
Le général Fabien Mandon, chef d'état-major des armées (CEMA), a souligné l'importance de refuser les solutions américaines comme Maven, un logiciel de commandement développé par l'entreprise Palantir et utilisé par l'OTAN. Selon lui, dépendre de tels outils étrangers menace la souveraineté française, car les algorithmes et les données ne sont pas maîtrisés par les Européens. Pour le général Mandon, l'IA et la maîtrise des données seront des enjeux majeurs de souveraineté dans les années à venir. Arcadia est donc présenté comme une alternative européenne, développée avec des partenaires français et européens, pour éviter de confier des informations sensibles à des acteurs américains ou chinois. Cette position a été réaffirmée lors d'une audition parlementaire le 8 octobre 2026.
Arcadia repose sur un modèle de langage nommé Berthier, similaire à ceux utilisés par des outils comme ChatGPT, mais développé spécifiquement pour les besoins militaires. Le logiciel a été conçu en collaboration avec des entreprises françaises comme Thales, Safran, Airbus et Mistral AI. Une de ses innovations majeures réside dans sa capacité à traiter des données complexes en moins d'une minute, comme l'a illustré le général Mandon avec un exemple concret : la gestion des navires de la Marine nationale déployés en mer Rouge et dans le détroit d'Ormuz. Auparavant, cette tâche nécessitait des heures de travail manuel sur des tableaux, alors qu'Arcadia permet de générer une planification en moins de deux minutes, libérant du temps pour la réflexion stratégique.
Arcadia s'inscrit dans un contexte de rivalité technologique avec les États-Unis, qui dominent le marché des outils militaires d'IA. Le logiciel américain Maven, développé par Palantir, est déjà utilisé par l'OTAN, mais son adoption a été motivée par l'absence de solutions européennes à l'époque. La France, avec Arcadia, cherche à proposer une alternative souveraine et interopérable, c'est-à-dire compatible avec les systèmes des autres pays européens. Le général Mandon a indiqué que plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, l'Allemagne et la Pologne, montrent un intérêt pour Arcadia. Le logiciel est actuellement testé par le premier corps d'armée français et a été utilisé lors d'exercices en Roumanie et en France.
Arcadia ne devrait entrer en service opérationnel global qu'à la fin de l'année 2027. D'ici là, plusieurs autres projets d'IA militaire sont en cours, comme un modèle de fondation souverain entraîné sur le supercalculateur militaire *Asgard*, capable de détecter des véhicules terrestres. Depuis début 2025, les militaires disposent également d'un assistant conversationnel nommé *GenIAI.intradef*. Par ailleurs, le ministère des Armées a annoncé un partenariat avec Mistral AI, une entreprise française spécialisée dans l'IA, ainsi qu'avec l'entreprise allemande Helsing pour développer des modèles dédiés au champ de bataille. Thales, de son côté, a proposé à l'OTAN son propre logiciel de commandement, *HexaForce*, inspiré des technologies d'Arcadia et d'Artemis.IA.

