Au Brésil, les femmes autochtones à la conquête du pouvoir : «La violence politique est extrêmement forte»
En 2026, un nombre record d’autochtones se présentent aux élections brésiliennes. Une dynamique largement portée par les femmes, qui tentent de conquérir les institutions sans renoncer aux combats de leurs peuples..
En 2022, le Brésil a élu pour la première fois trois femmes autochtones au Parlement national : Célia Xakriabá, Juliana Cardoso et Sônia Guajajara. Ces élues, issues de mouvements sociaux comme l’Articulation nationale des femmes autochtones guerrières de l’ancestralité (Anmiga) ou l’Articulation des peuples autochtones brésiliens (APIB), marquent une avancée historique. Leur présence reflète leur rôle central dans la défense des territoires et des savoirs traditionnels, souvent perçus comme une figure féminine dans de nombreuses cosmologies autochtones. En 2023, Sônia Guajajara a même été nommée ministre des Peuples autochtones, une première au niveau fédéral. Ces élections s’inscrivent dans un contexte où les peuples autochtones représentent 1,7 million de personnes au Brésil, mais où leur représentation politique reste marginale depuis l’élection de Mário Juruna en 1982, premier autochtone à siéger à la Chambre des députés.
Pour les élections générales brésiliennes de 2026, la campagne autochtone (« Nossa Terra, Nossa Vida » ou « Notre territoire, notre vie ») soutient 58 candidatures reconnues par les mouvements autochtones, dont 27 portées par des femmes. Cette initiative, portée par des organisations comme l’APIB, vise à structurer un projet politique national et à accompagner les leaders autochtones dans leur parcours institutionnel. L’objectif est de créer une bancada do cocar (un bloc parlementaire « de la coiffe traditionnelle »), bien que cette articulation soit encore en construction. Parmi les défis, les candidates doivent composer avec des partis politiques souvent peu enclins à financer leurs campagnes, malgré une obligation légale en 2026 de leur attribuer une part des fonds publics.
Les femmes autochtones candidates font face à une violence politique multiforme : racisme, machisme, menaces, caricatures dégradantes (comme celle de Vanda Witoto, représentée nue et agenouillée devant un sénateur), et manque de moyens financiers. En Amazonie, Vanda Witoto, candidate à la Chambre des députés en 2022, a obtenu 25 545 voix, un record pour l’État d’Amazonas, mais n’a pas été élue. Les obstacles incluent aussi l’absence de soutien des lobbies de l’agrobusiness, qui financent massivement leurs concurrents. Selon Célia Xakriabá, « lorsque les hommes n’essaient pas de nous empêcher d’arriver au pouvoir, ils tentent de nous empêcher d’y rester ». Cette violence s’ajoute à un système électoral défavorable, où les autochtones ne représentent que 287 000 électeurs inscrits sur 1,7 million de personnes en 2026.
Les élections de 2026 au Brésil sont marquées par un duel serré entre le président sortant Lula da Silva et Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, connu pour ses positions climatosceptiques et son héritage politique hostile aux droits autochtones. Les candidates autochtones, comme Célia Xakriabá ou Neidinha Suruí, jouent un rôle clé dans cette bataille, en défendant des propositions pour la démocratie, le climat, l’économie et l’éducation. Leur présence pourrait constituer un rempart institutionnel contre une nouvelle vague d’attaques contre les territoires et l’environnement en cas de retour des Bolsonaro au pouvoir. Cependant, leur capacité à influencer les politiques publiques reste limitée par une majorité relative de droite au Parlement.
Les élues autochtones doivent concilier leur engagement politique avec la défense des territoires, souvent menacés par l’exploitation minière illégale et la contamination au mercure. Leur approche du pouvoir se veut collective et ancrée dans les générations futures, comme le souligne Sônia Guajajara : « Nous n’entrons pas dans ces espaces pour laisser notre identité à la porte ». Pour renforcer la participation démocratique, la *campagne autochtone* diffuse des ressources pédagogiques dans les communautés afin de lutter contre l’achat de votes et de sensibiliser aux droits des autochtones. En 2026, seulement 287 000 autochtones sur 1,7 million sont inscrits sur les listes électorales, un chiffre qui reflète les barrières structurelles à leur représentation.

