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Anatomie de la chute du projet d’expansion de Billy Bishop

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 9 j

Ottawa bloque l’expansion de l’aéroport Billy Bishop, mais l’Ontario dit vouloir toujours aller de l’avant..

Rejet du projet fédéral

Le gouvernement fédéral canadien, dirigé par le ministre des Transports Steven MacKinnon, a officiellement rejeté le projet d’expansion de l’aéroport Billy Bishop à Toronto le 27 juillet 2026. Cette décision marque un tournant dans un dossier très controversé. Ottawa a choisi de ne pas donner suite à l’agrandissement de la piste d’atterrissage, estimant que le projet empiéterait sur des espaces publics précieux comme le parc Little Norway ou la plage Hanlan’s Point. Le ministre a également souligné que l’expansion entraînerait une augmentation du bruit, des répercussions environnementales majeures et menacerait la capacité de Toronto à construire des logements, dont la ville a un besoin urgent. Cette position s’inscrit dans une volonté de protéger les intérêts des résidents et de privilégier des solutions moins invasives pour l’environnement.

Réactions des acteurs locaux

La députée fédérale de Spadina-Harbourfront, Chi Nguyen, a salué cette décision en affirmant qu’elle reflétait la volonté des Torontois. Elle a expliqué que les habitants de Toronto souhaitent que le développement de l’espace du lac Ontario se fasse avec la communauté et non à ses dépens. De son côté, la mairesse de Toronto, Olivia Chow, a critiqué le manque de transparence autour du projet, notamment la dissimulation des plans par l’Administration portuaire de Toronto. Elle a également dénoncé l’influence présumée de banques internationales comme JP Morgan dans ce dossier. Chow a demandé au premier ministre ontarien Doug Ford de rendre les terrains concernés à la Ville de Toronto et a déposé une motion d’urgence au conseil municipal pour s’opposer à ce qu’elle qualifie d’excès de pouvoir.

Arguments contre l’expansion

Plusieurs acteurs s’opposent au projet d’expansion pour des raisons environnementales, sociales et économiques. John Gradek, spécialiste en aviation et directeur du programme de gestion de l’aviation à l’Université McGill, a indiqué qu’aucune donnée probante ne justifiait cet agrandissement. Selon lui, les compagnies aériennes ne souhaitaient pas cette expansion, et les avions à réaction n’étaient pas nécessaires. Gradek a également souligné que prolonger la piste à 2 000 mètres en ajoutant du remblayage dans le lac Ontario n’était pas une solution adaptée. Le projet prévoyait en effet d’ajouter plus de 700 mètres à la piste existante, ce qui aurait nécessité des travaux majeurs dans un écosystème fragile.

Contexte politique et historique

Le projet d’expansion de l’aéroport Billy Bishop n’est pas nouveau. En 2015, sous le gouvernement libéral de Marc Garneau, Ottawa avait déjà rejeté une demande similaire pour permettre l’atterrissage d’avions à réaction. Plus récemment, en 2026, le premier ministre ontarien Doug Ford a relancé l’idée en proposant d’exproprier la Ville de Toronto de l’accord tripartite qui régit la gestion des terrains de l’aéroport. Cet accord, signé entre le gouvernement fédéral, la Ville de Toronto et l’Administration portuaire de Toronto, encadre l’utilisation des espaces sur les îles de Toronto. Ford a également envisagé de créer une zone économique spéciale autour de l’aéroport, où les lois provinciales et municipales pourraient être suspendues pour faciliter le développement de grands projets d’infrastructures.

Enjeux juridiques et économiques

La loi ontarienne adoptée en 2026 permet au gouvernement de l’Ontario de remplacer la Ville de Toronto dans l’accord tripartite et de prendre le contrôle théorique des terrains des îles de Toronto, y compris du parc Little Norway. Cette loi a été critiquée pour son manque de transparence et son potentiel à contourner les régulations locales. L’Ontario estime que l’expansion de l’aéroport pourrait générer des retombées économiques de 8,5 milliards de dollars par an pour l’économie canadienne. Cependant, le gouvernement fédéral a déjà rejeté cette approche, et la légalité de la loi ontarienne n’a pas encore été testée devant les tribunaux. Le ministre ontarien des Transports, Prabmeet Singh Sarkaria, a indiqué vouloir poursuivre les travaux, mais n’a pas précisé si les terrains seraient rendus à la Ville de Toronto.

Ce que ça pourrait changer

Malgré le rejet fédéral, l’Ontario ne renonce pas à son projet. Le ministre Sarkaria a déclaré vouloir continuer à travailler sur l’agrandissement de l’aéroport, en promettant de protéger les espaces publics et de traiter les impacts sonores et environnementaux. Cependant, aucune date n’a été fixée pour un nouveau plan, et le gouvernement ontarien n’a pas encore réagi officiellement à la décision fédérale. Les prochaines étapes dépendront des consultations publiques et des décisions judiciaires, notamment sur la validité de la loi ontarienne. En attendant, les militants qui s’opposent au projet se réjouissent de cette première victoire, tout en restant vigilants face à d’éventuelles nouvelles initiatives.

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