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Généraliste

Carney prévoit une « croissance soutenue », et non un boom des sables bitumineux

ICI Radio-Canada · mis à jour 3 oct.

Le secteur mise désormais sur l'automatisation pour augmenter la production sans pression sur le logement..

Nouvel oléoduc clé

Le premier ministre canadien Mark Carney a annoncé le projet d’un oléoduc nommé Pacific Link, d’une capacité d’un million de barils par jour, reliant l’Alberta (où se trouvent les sables bitumineux) à un terminal d’exportation en Colombie-Britannique. Ce projet a été désigné comme étant d’intérêt national, ce qui signifie qu’il bénéficiera d’un processus d’examen simplifié, géré par un bureau spécialisé à Calgary. L’objectif est de faciliter l’exportation du pétrole issu des sables bitumineux vers les marchés asiatiques, jugés plus lucratifs. Ce projet s’inscrit dans un contexte où les gouvernements fédéral et provincial espèrent relancer l’activité économique de cette région, après une décennie relativement calme pour le secteur.

Fin d’une ère de mégaprojets

Les entreprises exploitant les sables bitumineux ont abandonné la construction de mégaprojets (projets coûtant plusieurs milliards de dollars) comme ceux des années 2000. Le dernier exemple en date est la mine Fort Hills, exploitée par Suncor Énergie, dont le coût est passé de 13,5 milliards $ en 2013 à plus de 17 milliards $ à sa mise en service en 2018. Aujourd’hui, les entreprises préfèrent optimiser leurs installations existantes plutôt que de construire de nouvelles infrastructures. Cette stratégie s’explique par plusieurs facteurs : manque de capacité des oléoducs, cadre réglementaire complexe et réglementations environnementales strictes. Ces contraintes ont ralenti les projets de croissance à grande échelle, surtout après l’effondrement des cours mondiaux du brut il y a une dizaine d’années, aggravé par la pandémie de COVID-19.

Changement de contexte économique

En 2026, le contexte économique et géopolitique est différent de celui des années 2010. La guerre au Moyen-Orient a mis en lumière la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement énergétiques mondiales, poussant les pays à chercher des fournisseurs stables. Plusieurs politiques énergétiques de l’ère Trudeau, critiquées par le secteur pétrolier, ont été abrogées, et le projet Pacific Link avance, ce qui pourrait permettre d’exporter davantage de pétrole albertain vers l’Asie. Mark Carney a souligné que les leçons du passé ont été tirées : les infrastructures seront construites en tenant compte des besoins locaux, avec une participation précoce des dirigeants des Premières Nations pour une meilleure répartition des retombées économiques.

Automatisation et innovation

Le secteur des sables bitumineux mise désormais sur l’automatisation pour augmenter la production sans reproduire les problèmes du passé, comme la pénurie de logements ou l’inflation des coûts. Par exemple, des camions de transport autonomes sont déjà utilisés sur certains sites, réduisant le besoin en main-d’œuvre qualifiée et évitant l’afflux massif de travailleurs temporaires. La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a évoqué la modernisation d’infrastructures routières comme l’autoroute 881, essentielle pour soutenir une éventuelle hausse de la production. Ces innovations visent à éviter les goulots d’étranglement observés lors du dernier boom des sables bitumineux, entre le milieu des années 2000 et le milieu des années 2010.

Concentration du secteur

Le secteur des sables bitumineux albertain est aujourd’hui plus concentré qu’il y a 10 ou 15 ans. Plusieurs anciens producteurs, comme Husky et MEG Energy, ont été rachetés, tandis que des acteurs internationaux (Shell, Total) se sont retirés ou ont réduit leurs parts. Cette consolidation a permis aux entreprises restantes de mieux collaborer, notamment en partageant la main-d’œuvre et en évitant une concurrence excessive qui faisait monter les coûts. Selon Andrew Botterill, responsable du pôle pétrole, gaz et chimie chez Deloitte Canada, cette maturité du secteur se traduit par une gestion plus efficace et une meilleure coordination entre les acteurs.

Ce que ça pourrait changer

Malgré l’automatisation, le secteur des sables bitumineux et les projets d’infrastructures associés (oléoducs, mines, barrages) nécessiteront des dizaines de milliers de travailleurs supplémentaires. Lance Mortlock, directeur associé chez EY Canada, souligne que des métiers comme ingénieur, soudeur ou monteur de canalisations seront particulièrement recherchés. Il s’interroge sur l’origine de cette main-d’œuvre, alors que plusieurs grands projets sont en cours ou prévus simultanément. Pour lui, une meilleure planification et une coordination entre les projets pourraient optimiser l’utilisation des ressources humaines disponibles.

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