Le premier conservateur de l'Histoire ? Il y a 1 800 ans, un Romain collectionnait déjà des fossiles d'ichtyosaure vieux de millions d'années
Longtemps, on a cru que la curiosité pour les fossiles remontait aux savants de l'époque moderne. Une fosse exhumée en Angleterre bouscule cette idée.
En 1800 ans avant notre époque, un Romain nommé Gaius Plinius Secundus, plus connu sous le nom de Pline l'Ancien, aurait été le premier à collectionner des fossiles d'ichtyosaure. Ce savant, écrivain et naturaliste romain vivait au Ier siècle après J.-C., une période où les Romains s'intéressaient déjà aux curiosités naturelles. Les ichtyosaures sont des reptiles marins préhistoriques qui ont disparu il y a environ 90 millions d'années. Pline l'Ancien a décrit ces fossiles dans son encyclopédie intitulée Naturalis Historia, un ouvrage de référence pour l'époque, compilant les connaissances scientifiques et culturelles de son temps. Cette collection pourrait donc être considérée comme la première tentative organisée de conservation et d'étude de fossiles dans l'Histoire.
Les fossiles d'ichtyosaure découverts par Pline l'Ancien dataient de plusieurs millions d'années, bien avant l'apparition des premiers humains. Un ichtyosaure est un reptile marin qui a vécu à l'ère mésozoïque, entre 250 et 90 millions d'années avant notre ère. Ces animaux, semblables à des dauphins par leur forme, pouvaient atteindre jusqu'à 20 mètres de long. Leur découverte par des Romains, qui ne disposaient pas des outils modernes de datation, relève d'un véritable coup de chance. Ces fossiles étaient probablement échoués sur les côtes méditerranéennes, où ils étaient parfois confondus avec des restes de créatures marines contemporaines. Pline l'Ancien les a intégrés à sa collection en les considérant comme des curiosités naturelles, sans en comprendre l'origine exacte.
Pline l'Ancien a compilé ses observations et celles de ses prédécesseurs dans Naturalis Historia, une encyclopédie en 37 volumes rédigée vers l'an 77 après J.-C. Cet ouvrage couvre des sujets variés, allant de l'astronomie à la zoologie, en passant par la géographie et la médecine. Dans ce texte, Pline mentionne explicitement des fossiles qu'il qualifie de dents de dragon ou de restes de géants, termes utilisés à l'époque pour désigner des ossements de créatures préhistoriques. Bien que ses interprétations soient souvent erronées selon les standards modernes, son travail reste une source précieuse pour comprendre les connaissances scientifiques de l'Antiquité. Naturalis Historia a été largement diffusée dans l'Empire romain et a influencé les savants pendant des siècles.
La collection de fossiles de Pline l'Ancien est aujourd'hui considérée comme un jalon important dans l'histoire de la paléontologie, la science qui étudie les fossiles. Bien que les Romains ne disposaient pas des méthodes scientifiques modernes pour dater ou analyser ces fossiles, leur simple conservation et leur étude systématique marquent une étape clé. Pline l'Ancien a ainsi posé les bases d'une approche méthodique de l'étude des vestiges du passé. Son travail montre que, dès l'Antiquité, certains savants cherchaient à comprendre l'histoire de la Terre et de ses habitants à travers des traces matérielles. Cette démarche préfigure les travaux des paléontologues des siècles ultérieurs.
Malgré l'importance de son travail, l'héritage de Pline l'Ancien en matière de paléontologie a souvent été éclipsé par d'autres découvertes plus récentes. Son encyclopédie, bien que largement lue à l'époque, a été critiquée pour ses erreurs et ses interprétations fantaisistes, comme l'idée que les fossiles étaient des restes de créatures mythiques. Cependant, son approche consistant à collecter et décrire des objets naturels reste une avancée notable pour son époque. Aujourd'hui, les historiens des sciences soulignent que Pline l'Ancien a contribué, malgré lui, à la naissance d'une curiosité pour les vestiges du passé, une curiosité qui a finalement mené à la paléontologie moderne.

