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Géopolitique

N’éradiquons pas les moustiques, ce “supermarché de la biodiversité”

Courrier International · mis à jour il y a 9 j

Face aux nombreux programmes qui visent à l’éliminer, des scientifiques rappellent que le moustique est une “pièce irremplaçable du vivant”. Parmi ses qualités, il joue un rôle de pollinisateur et contribue à améliorer la qualité de l’eau..

Menace moustiques en Catalogne

En Catalogne, une épidémie de dengue survenue à Vila-seca, près de Tarragone, durant l’été 2024 a marqué un tournant épidémiologique. Huit cas autochtones (locaux) de dengue ont été recensés, signalant que le virus ne circule plus uniquement via des voyageurs infectés, mais désormais aussi localement, transmis par le moustique tigre (Aedes albopictus). Cette espèce invasive, originaire d’Asie, s’est répandue en Europe ces dernières décennies, favorisée par le réchauffement climatique et les échanges commerciaux. Face à cette prolifération, les autorités locales et les scientifiques sont confrontés à une question pressante : faut-il éradiquer ces moustiques pour limiter les risques sanitaires ?

Outils génétiques contre les moustiques

Depuis 2025, des outils génétiques puissants, comme l’édition du génome (technique permettant de modifier l’ADN d’un organisme avec précision), sont développés pour éliminer les moustiques. Ces méthodes pourraient, en théorie, mettre fin à des maladies graves comme le paludisme, la dengue, ou la fièvre du Nil occidental, qui tuent des centaines de milliers de personnes chaque année. Des chercheurs et médecins estiment que le moment est venu d’utiliser ces technologies pour éradiquer définitivement les moustiques. Cependant, cette approche soulève des questions éthiques et scientifiques majeures, notamment sur les conséquences imprévues pour les écosystèmes.

Rôle écologique méconnu

Des scientifiques rappellent que les moustiques ne sont pas de simples nuisibles. Ils jouent un rôle clé dans la biodiversité en tant que pollinisateurs (certaines espèces transportent du pollen) et en tant que source de nourriture pour de nombreux animaux, comme les oiseaux, les chauves-souris ou les poissons. Par ailleurs, leurs larves contribuent à améliorer la qualité de l’eau en filtrant les micro-organismes. Les moustiques sont ainsi décrits comme un « supermarché de la biodiversité », une pièce irremplaçable du vivant dont l’élimination pourrait déséquilibrer des écosystèmes entiers. Leur rôle dépasse largement leur impact sur la santé humaine.

Débat éthique et scientifique

Le débat oppose deux visions : d’un côté, ceux qui prônent une éradication ciblée des moustiques vecteurs de maladies, comme Aedes aegypti (responsable de la dengue et du chikungunya), pour sauver des vies. De l’autre, des chercheurs et éthiciens alertent sur les risques d’une telle intervention. L’éradication pourrait, par exemple, favoriser l’émergence de nouvelles maladies ou déséquilibrer des chaînes alimentaires. En 2025, des discussions internationales ont souligné la nécessité d’évaluer les impacts écologiques avant toute action radicale. La prudence est de mise, car les moustiques font partie d’un écosystème complexe.

Ce que ça pourrait changer

En Indonésie, à Bali, des projets d’introduction de moustiques génétiquement modifiés pour lutter contre la dengue ont suscité une forte opposition de la part des habitants. Les locaux craignent des effets imprévisibles sur leur environnement et leur santé. Cette résistance illustre les tensions entre les avancées scientifiques et les préoccupations des populations locales. Les scientifiques doivent désormais intégrer ces retours dans leurs recherches, en privilégiant une approche collaborative et transparente pour éviter les conflits.

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