La vague anti-IA se retourne contre les patrons de la tech, qui craignent pour leur sécurité
Dans la Silicon Valley, les fleurons de l’intelligence artificielle font face à des menaces grandissantes, numériques, mais aussi physiques dans les bureaux ou au domicile des dirigeants. “The Wall Street Journal” l’explique par la montée en puissance du mouvement s’opposant aux centres de données et à l’IA..
Le 11 juillet 2026, une manifestation intitulée Stop à la course de l’IA a eu lieu à San Francisco, aux États-Unis. Elle a défilé devant les bureaux de trois entreprises majeures de l’intelligence artificielle (IA) : OpenAI, Anthropic et DeepMind. Ces sociétés sont spécialisées dans le développement de systèmes d’IA avancés. La manifestation s’inscrit dans un mouvement de protestation croissant contre la course effrénée à l’innovation en matière d’IA, perçue comme dangereuse par une partie de la population. Les organisateurs dénoncent notamment les risques liés à l’automatisation massive des emplois et les impacts environnementaux des centres de données, ces infrastructures qui stockent et traitent les informations nécessaires au fonctionnement des IA.
Depuis plusieurs mois, les dirigeants et employés des entreprises de l’IA font face à une augmentation des menaces et des actes violents. Par exemple, un intrus a tenté de s’introduire dans les locaux d’Anthropic, une start-up spécialisée dans l’IA, en déclarant vouloir avertir un membre de la direction qu’il « allait être assassiné ». Cinq jours plus tôt, la maison du PDG d’OpenAI, Sam Altman, a été la cible d’une tentative d’incendie criminel. Un homme a été inculpé pour ces faits et plaide non coupable. La police de San Francisco a également découvert un manifeste appelant à assassiner des PDG et investisseurs du secteur de l’IA au cours de son enquête. Ces incidents illustrent une radicalisation des opposants à l’IA.
Les menaces contre les acteurs de l’IA ne se limitent pas aux violences physiques. Une entreprise de surveillance des réseaux sociaux et du dark web (partie d’Internet inaccessible via les moteurs de recherche classiques), nommée Liferaft, a révélé que le nombre de menaces numériques visant les responsables de l’IA et des centres de données a été multiplié par sept entre la fin février et mai 2026. Ces menaces incluent des messages écrits, comme celui d’un client mécontent d’Anthropic qui a menacé de réclamer un remboursement « avec son pistolet ». Une nouvelle recrue de l’entreprise a également menacé d’« écorcher vifs les enfants des employés », accusant l’entreprise de l’avoir volé.
Face à cette escalade de violences, les entreprises de la tech, qu’elles soient grandes ou petites, renforcent leurs dispositifs de sécurité. Certains chefs d’entreprise, comme les PDG d’OpenAI ou d’Anthropic, se déplacent désormais avec des gardes du corps armés pour se protéger. Cette mesure reflète l’inquiétude croissante des dirigeants face à la colère grandissante contre l’IA et les centres de données. Cette colère est alimentée par plusieurs craintes : la perte massive d’emplois due à l’automatisation, les impacts environnementaux des centres de données, et le sentiment que l’IA profite principalement aux élites technologiques sans bénéficier à la population générale.
Un récent sondage réalisé aux États-Unis a révélé que 55 % des Américains considèrent que « l’IA fait plus de mal que de bien ». Cette opinion publique défavorable s’explique en partie par la perception que l’IA détruit des emplois. *Daniel Green*, consultant spécialisé en formation à l’IA, souligne que les personnes qu’il rencontre partagent souvent cette vision, comparant l’impact de l’IA à celui de la révolution industrielle. Il rappelle que les *luddites*, des ouvriers du textile anglais du XIXe siècle qui détruisaient les machines pour protester contre leur remplacement par ces dernières, étaient eux aussi très violents. Cette comparaison historique illustre la peur des bouleversements économiques et sociaux causés par les innovations technologiques.

