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Généraliste

L’abstention, entre désengagement citoyen et choix politique

Le Devoir · mis à jour 4 oct.

Élection après élection, la voix d’un nombre grandissant de Québécois échappe aux institutions..

Abstention en hausse

L’abstention, c’est-à-dire le fait de ne pas voter lors d’une élection, augmente régulièrement au Québec depuis plusieurs années. Lors des dernières élections générales de 2022, plus de 2,133 millions de Québécois ne se sont pas rendus aux urnes, soit environ 450 000 de plus que le nombre d’électeurs ayant voté pour la Coalition avenir Québec (CAQ), pourtant vainqueur du scrutin. Cette hausse s’inscrit dans une tendance de long terme : depuis 1994, le taux de participation électorale a diminué en moyenne de 1,9 point de pourcentage à chaque élection. Le taux de participation de 2022 reste inférieur à 80 %, alors qu’il dépassait ce seuil en 1994. Cette baisse reflète une perte de confiance progressive des citoyens envers les institutions politiques et les partis en place.

Désengagement des jeunes

Les jeunes générations votent moins que les baby-boomers, une génération née entre 1946 et 1964 qui a traditionnellement un taux de participation élevé. Selon le politologue André Blais, professeur à l’Université de Montréal, cette différence s’explique par un changement de rapport au vote : pour les jeunes, le vote est perçu comme une option parmi d’autres, moins sacrée que pour les générations précédentes. Stéphanie Gaudet, professeure à l’Université d’Ottawa, souligne que les jeunes expriment leur mécontentement par des moyens non institutionnels, comme les manifestations ou les boycotts, plutôt que par le vote. Leur faible participation s’explique aussi par un manque de confiance envers les élus et les institutions, ainsi que par le fait qu’ils représentent une minorité électorale moins prioritaire pour les partis politiques.

Parti nul et protestation

Le Parti nul, fondé en 2009, propose une alternative symbolique aux électeurs insatisfaits en incarnant l’option Aucune de ces réponses sur les bulletins de vote. Jenny Cartwright, codirigeante du parti, critique la démocratie représentative actuelle, qu’elle juge peu représentative de la diversité sociale et démographique. Le parti dénonce notamment le fait que les élus proviennent souvent de milieux aisés, éduqués et âgés (51 ans en moyenne lors des dernières élections). Pour Cartwright, l’abstention est un geste individuel limité, tandis que le Parti nul offre une voix collective aux contestataires. Cependant, l’abstention a un effet indirect : elle augmente le financement public des partis, car les allocations versées par Élections Québec sont calculées en fonction du nombre total d’électeurs inscrits, et non du nombre de votes exprimés.

Financement et apostasie

Le financement public des partis politiques au Québec est calculé en fonction du nombre de votes obtenus lors du scrutin précédent, mais il repose aussi sur le nombre total d’électeurs inscrits. En 2026, chaque électeur inscrit en 2022 génère environ 1,99 $ pour les partis, soit un total de 12,2 millions de dollars répartis proportionnellement aux résultats électoraux. Par exemple, chaque abstentionniste de 2022 a indirectement financé la CAQ à hauteur de 3 $, car elle a obtenu 41 % des votes exprimés. Certains électeurs, mécontents, choisissent de se retirer de la liste électorale pour éviter de financer les partis : entre 2022 et 2026, 4 400 personnes ont utilisé cette procédure, appelée apostasie politique. Cette démarche permet de ne plus être comptabilisé dans le calcul des allocations publiques.

Ce que ça pourrait changer

André Blais anticipe une stabilisation de la participation électorale à moyen terme, notamment lorsque les derniers baby-boomers auront quitté la liste électorale en décédant. Les jeunes générations, moins attachées au vote, pourraient maintenir une participation plus faible que par le passé. Stéphanie Gaudet, professeure à l’Université d’Ottawa, souligne que la démocratie ne se limite pas aux institutions, mais inclut aussi la participation quotidienne et le dialogue. Elle encourage les politiciens à mieux engager les jeunes dans les discussions politiques pour restaurer la confiance. Cependant, la question référendaire sur l’indépendance du Québec pourrait, selon Blais, inciter certains électeurs, comme l’électorat anglophone, à voter en plus grand nombre lors des prochaines élections.

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