Bonne nouvelle, l'effondrement total des courants marins n'aura pas lieu tout de suite... mais vers 2300
Une récente modélisation de la fonte des glaces a pris en compte un paramètre complémentaire, celui de la calotte glaciaire du Groenland. Selon les prédictions, la modification des courants marins ne serait pas aussi irréversible que ce que les recherches avançaient jusqu'alors..
L’AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation ou circulation méridienne de retournement de l’Atlantique) est un système de courants marins profond qui joue un rôle clé dans la régulation du climat mondial. Il transporte l’eau chaude des régions équatoriales vers l’hémisphère nord, où elle se refroidit, devient plus dense et plonge vers les fonds océaniques avant de repartir vers le sud. Ce mécanisme permet de redistribuer la chaleur à l’échelle planétaire et influence directement les températures en Europe, les précipitations en Afrique ou encore le niveau des mers. Selon les chercheurs, l’AMOC est aujourd’hui à son niveau le plus bas depuis plus de 1 000 ans, ce qui soulève des inquiétudes sur ses futurs impacts climatiques.
La calotte glaciaire du Groenland, située dans l’Arctique, fond à un rythme accéléré en raison du réchauffement climatique. Cette fonte libère de grandes quantités d’eau douce dans l’océan Atlantique, ce qui perturbe la formation des courants profonds de l’AMOC. En effet, l’eau douce, moins salée et moins dense que l’eau de mer, empêche les masses d’eau froides de plonger vers les profondeurs. Cela ralentit ou affaiblit la circulation océanique, avec des conséquences potentielles comme des vagues de froid en Europe, une élévation du niveau de la mer sur la côte est des États-Unis ou des sécheresses accrues près de l’Équateur. Les scientifiques soulignent que l’impact de cette eau douce n’avait pas toujours été pris en compte dans les modèles climatiques précédents.
Une nouvelle étude publiée en juin 2026 modélise pour la première fois l’impact spécifique de la fonte des glaces du Groenland sur l’AMOC. Les résultats montrent que, d’ici 2100, la circulation océanique pourrait perdre entre 10 % et 20 % de son intensité en raison de cette fonte. Cependant, l’essentiel des perturbations interviendrait plus tard, vers 2300, lorsque l’apport d’eau douce deviendrait particulièrement abondant. Contrairement à certaines prédictions antérieures évoquant un effondrement irréversible de l’AMOC, ce modèle suggère que la circulation pourrait se rétablir si les émissions de gaz à effet de serre diminuent ou si l’apport d’eau douce s’interrompt. Jost von Hardenberg, coauteur de l’étude et professeur à l’École polytechnique de Turin, précise que « d’ici 2100, nous aurons quelque chose, mais l’essentiel de l’impact surviendra plus tard ».
Les chercheurs ont comparé des simulations incluant ou excluant la contribution de la calotte glaciaire du Groenland. Leurs résultats indiquent que, même avec un affaiblissement de 40 % de l’AMOC d’ici 2300, la circulation océanique ne s’effondrerait pas totalement. Une fois l’apport d’eau douce stoppé ou les émissions réduites, l’AMOC pourrait retrouver une partie de sa force. Cette découverte suggère que le système est plus résilient qu’on ne le pensait initialement. Cependant, d’autres études restent nécessaires pour confirmer ces conclusions et évaluer l’impact réel des différents scénarios climatiques sur la stabilité de l’AMOC à long terme.
Les auteurs de l’étude insistent sur la nécessité d’intégrer davantage de paramètres, comme la fonte du Groenland, dans les modèles climatiques. Jusqu’à présent, ces modèles peinaient à reproduire fidèlement les dynamiques de la calotte glaciaire groenlandaise, en raison de leur complexité et des ressources nécessaires. Pourtant, une meilleure représentation de ce phénomène permettrait d’affiner les projections sur l’évolution de l’AMOC. Jonathan Baker, climatologue anglais, souligne que cette étude comble une lacune majeure en examinant un processus souvent cité comme une source d’incertitude dans les projections futures. L’objectif est de mieux comprendre dans quelle mesure l’AMOC pourrait diminuer selon les différents scénarios de réchauffement climatique.

