«La meilleure façon, c’est par accident»: attraper l’ordinaire avant qu’il ne disparaisse
Noémie D. Leclerc transforme le regret de ne pas avoir filmé son beau-père en une réflexion sur la mémoire..
Le film La meilleure façon, c’est par accident est né d’un regret personnel de la cinéaste Noémie D. Leclerc. Après le décès de son beau-père, Joe, elle réalise qu’elle n’a presque aucune image de lui, si ce n’est une vidéo prise par accident. Ce manque l’a poussée à explorer ses archives familiales et à constater qu’elle avait filmé son entourage pendant des années, sauf ceux qui comptaient le plus pour elle. Ce constat a inspiré ce premier long métrage, sorti en 2026, qui mêle documentaire et réflexion sur la mémoire et l’absence. Le titre du film fait directement référence à cette idée que les moments les plus importants sont souvent capturés de manière fortuite, sans planification.
Le film aborde plusieurs thèmes liés à la mémoire, à l’absence et à la préservation des instants ordinaires. Noémie D. Leclerc y explore notamment le désir de rendre immortels les êtres chers à travers l’image, comme elle l’exprime : « C’est vraiment un souhait d’essayer de rendre les gens que j’aime immortels. » Elle y questionne aussi les choix de vie et les chemins empruntés, en se demandant si elle aurait dû suivre une voie différente, comme celle de médecin, suggérée par sa mère. Les personnages du film, bien que semblant disparates, représentent des facettes de sa propre personnalité, comme Tony pour son milieu ouvrier d’origine ou Maxence pour ses interrogations existentielles. Le film évite de donner des réponses définitives, privilégiant une approche humble et ouverte.
Le film se distingue par une approche artistique collaborative et intuitive. Hubert Lenoir, compagnon de Noémie D. Leclerc et musicien, a participé activement à sa création en composant une musique originale inspirée des sons captés pendant le tournage. Il utilise une technique qu’il nomme « musique directe », où la composition se fait en lien direct avec les images et les ambiances sonores du moment, plutôt que d’être ajoutée après coup. Lenoir décrit son rôle comme celui d’une « courroie » ou d’une « antenne », cherchant à dénicher les mélodies et les histoires présentes dans l’air ambiant. Cette méthode renforce l’authenticité du film, qui se veut un témoignage brut et spontané de la vie quotidienne.
Le film a été présenté en avant-première lors de projections secrètes durant l’été 2026, puis au Festival de cinéma de la ville de Québec, où il a remporté deux prix. Noémie D. Leclerc souligne que ces reconnaissances n’étaient pas anticipées, car le film ne suit ni les codes d’un succès commercial ni ceux d’un film conçu pour les festivals. Il s’agit d’une œuvre profondément personnelle, où l’artiste a privilégié l’humilité et l’authenticité plutôt que des recettes narratives classiques. La sortie en salles est prévue pour le 18 septembre 2026 au Québec.
Au-delà de son aspect documentaire, *La meilleure façon, c’est par accident* est une invitation à capturer les instants ordinaires avant qu’ils ne deviennent des souvenirs. Noémie D. Leclerc encourage les spectateurs à filmer leur quotidien, comme un mercredi matin banal, une chambre en désordre ou un repas simple, plutôt que de se concentrer uniquement sur des moments exceptionnels. Elle explique que ces images, souvent banales sur le moment, prennent une valeur inestimable une fois disparues. Le film se veut un appel à documenter la vie de tous les jours, transformant l’ordinaire en archives précieuses. *« J’espère que le film invite tout le monde à faire sa propre version de lui »*, déclare-t-elle, espérant inspirer d’autres créations similaires.

