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Généraliste

Le pouvoir turc prend le contrôle de la principale télévision de l’opposition

Le Devoir · mis à jour il y a 15 h

Dans un nouveau tour de vis envers les médias, la police a arrêté 11 personnes au siège de Halk TV..

Prise de contrôle brutale

Mercredi 14 octobre 2026, la police turque a investi le siège de Halk TV, la principale chaîne de télévision d’opposition du pays en termes d’audience. Cette opération, menée avant l’aube, a permis l’arrestation de 11 personnes et l’émission de 17 mandats d’arrêt, dont un contre le PDG de la chaîne, actuellement en exil à Londres. Les accusations portées incluent corruption, trucage d’appels d’offres et blanchiment d’argent. La diffusion en direct de la chaîne a été interrompue et remplacée par un film turc classique, symbolisant une censure immédiate. Cette saisie s’inscrit dans une série de mesures répressives contre les médias indépendants, où 17 journalistes sont actuellement détenus selon le Syndicat des journalistes.

Contexte répressif

Cette prise de contrôle n’est pas un cas isolé. Deux semaines plus tôt, le site d’information indépendant T24, l’un des plus influents de Turquie, avait été bloqué pour propagande LGBT. En octobre 2025, la chaîne d’opposition Tele 1 avait également été placée sous tutelle judiciaire après l’arrestation de son rédacteur en chef. Les autorités turques justifient ces actions par des accusations variées, allant de la diffamation à la diffusion de fausses nouvelles, en passant par des infractions économiques. Le gouvernement islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdoğan cible ainsi les milieux médiatiques, politiques et associatifs depuis plusieurs années, avec une intensification notable depuis 2024.

Réactions politiques et sociales

La saisie de Halk TV a provoqué une vague de protestations. À Ankara, des députés de l’opposition du parti Yeni (Nouveau) ont manifesté devant le Parlement avec un sparadrap noir sur les yeux et la bouche, symbolisant l’étouffement de la liberté d’expression. À Istanbul, le député Ali Mahir Başarır a dénoncé une décision attristante et honteuse, soulignant que seules trois ou quatre chaînes osent encore critiquer le pouvoir. Des rassemblements spontanés ont eu lieu devant les locaux de la chaîne, où des manifestants ont dénoncé une tyrannie et une tentative de monopoliser l’information.

Cible : opposition politique

Cette opération coïncide avec un moment politique sensible. Le maire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, figure majeure de l’opposition et adversaire potentiel d’Erdoğan lors de la prochaine élection présidentielle, est actuellement jugé dans un procès tentaculaire. Arrêté en début d’année 2025, il doit entamer sa défense en octobre 2026. Son procès est perçu comme une manœuvre politique pour l’écarter de la scène électorale. Parallèlement, les autorités ont lancé mi-septembre 2026 une série d’arrestations ciblant les organisations LGBTQ+, avec des blocages de comptes sur les réseaux sociaux. Ces actions visent à museler toute voix critique, qu’elle soit médiatique ou politique.

Ce que ça pourrait changer

Les défenseurs de la liberté de la presse, comme *Erol Önderoglu* (AFP) ou *Veysel Ok* (MLSA), alertent sur la disparition progressive du journalisme indépendant en Turquie. La nomination d’administrateurs publics à la tête de *Halk TV* et *Tele 1*, ainsi que la concentration des poursuites judiciaires sur les émissions critiques, illustrent une stratégie délibérée. *Emma Sinclair-Webb* (Human Rights Watch) souligne que cette prise de contrôle survient alors que le gouvernement est embourbé dans un *scandale boursier*, et le jour même où İmamoğlu doit plaider sa cause. Ces événements renforcent l’idée d’une instrumentalisation de la justice à des fins politiques.

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