Opération Turla : la France accuse frontalement la Russie d’avoir piraté ses ministères pendant plus d’une décennie
Espionnage militaire, diplomatique, judiciaire : dans une déclaration conjointe avec l'Union européenne, Paris attribue formellement à une unité du FSB une vaste campagne de piratage visant ses intérêts stratégiques depuis plus d'une décennie..
La France a officiellement accusé la Russie d’être responsable d’une campagne de cyberespionnage ciblant ses ministères et institutions stratégiques pendant plus de dix ans, depuis les années 2010. Cette dénonciation a été faite conjointement avec l’Union européenne, dans deux déclarations distinctes : l’une portée par le ministre français des Affaires étrangères, et l’autre par la Haute Représentante de l’UE. Les services de renseignement français impliqués incluent l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information), le COMCYBER (Commandement de la cyberdéfense), la DGA (Direction générale de l’armement), la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) et la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure), tous réunis au sein du Centre de Coordination des Crises Cyber (C4).
L’unité du FSB (Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie) responsable de ces attaques est le 16e Centre, aussi appelé unité militaire 71330. Elle dispose de onze centres d’interception répartis sur le territoire russe. Une sous-unité spécifique, basée près de Saint-Pétersbourg (unité 61240), serait chargée de cibler la France. Ce groupe est connu sous le nom de Turla dans les milieux du renseignement, un mode opératoire déjà identifié par plusieurs pays occidentaux comme étant lié à Moscou. Le FSB s’appuierait sur des sociétés russes comme AO AST ou NPP Gamma pour faciliter ses opérations offensives.
Les attaques ont compromis plusieurs ministères français, l’ambassade de France à Moscou ainsi que le secteur de la justice. Les pirates ont utilisé des malwares (logiciels malveillants) sophistiqués comme Uroburos et Kazuar, conçus pour infiltrer les systèmes informatiques et voler des données sensibles. Ces outils permettent de contourner les protections et de maintenir un accès prolongé aux réseaux infectés. L’objectif principal était de recueillir des renseignements stratégiques, notamment dans le contexte de la guerre en Ukraine, où la France et ses alliés européens sont des cibles prioritaires.
Cette campagne d’espionnage s’intensifie alors que la guerre en Ukraine se poursuit, et que la Russie cherche à obtenir des informations sur les positions de Kiev et de ses alliés, dont la France. En avril 2025, la France avait déjà officiellement attribué à la Russie plusieurs cyberattaques, notamment via le groupe militaire russe GRU (identifié comme APT28). Cette nouvelle attribution marque une escalade dans la réponse diplomatique française, qui vise à rendre publics les acteurs et les méthodes utilisés par Moscou pour déstabiliser ses adversaires.
La publication de ce rapport par les autorités françaises et européennes souligne une volonté de transparence et de fermeté face aux cybermenaces russes. En nommant explicitement le FSB et ses sous-unités, la France cherche à mobiliser ses partenaires internationaux et à renforcer la coopération en matière de cybersécurité. Cette démarche s’inscrit dans une stratégie plus large de dissuasion, où la révélation publique des méthodes d’un État peut limiter ses capacités d’action à l’avenir.

