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Géopolitique

La guerre des villes : la doctrine russe pour dévaster l’Ukraine

Le Grand Continent · mis à jour 1 oct.

Moscou veut transformer l’Ukraine en un « actif inutile » L’article La guerre des villes : la doctrine russe pour dévaster l’Ukraine est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Stratégie russe actuelle

Depuis septembre 2026, la Russie intensifie ses attaques contre les infrastructures civiles et économiques en Ukraine, une stratégie appelée « guerre des villes ». Cette approche vise à rendre le pays incapable de subvenir à ses propres besoins en ciblant des cibles comme les entrepôts, commerces, stations-service et réseaux de transport. Par exemple, entre le 1er et le 24 septembre 2026, Kiev a subi des attaques 16 jours sur 24, un rythme inédit depuis le début de l’invasion en 2022. Les armes utilisées incluent drones, bombes planantes et missiles, avec plus de 2 200 drones et 1 630 bombes lancés en une semaine fin septembre. Cette escalade s’ajoute à une hausse globale des victimes civiles : 2 222 morts et 13 058 blessés entre janvier et août 2026, soit 55 % de plus qu’en 2025. L’objectif est de transformer l’Ukraine en un « actif inutile », rendant sa reconstruction peu rentable pour l’Europe, estimée à plus de 50 milliards d’euros par an.

Bilan humain et militaire

Les attaques russes ont causé une augmentation dramatique des victimes civiles. Selon la mission de l’ONU en Ukraine (HRMMU), 200 civils ont été tués et 1 234 blessés entre le 1er et le 24 septembre 2026. Les armes à longue portée (missiles et drones) sont responsables de 47 % des victimes sur la période janvier-août 2026. Parallèlement, l’armée russe progresse très lentement sur le front, ne conquérant que 5 km² en août 2026, sa plus faible avancée depuis octobre 2023. Cette stagnation survient alors que l’Ukraine mène une deuxième contre-offensive majeure depuis septembre 2026. La combinaison d’une guerre d’usure économique et d’une avancée militaire limitée crée une situation où ni l’une ni l’autre des parties ne parvient à l’emporter clairement.

Réactions en Russie

La guerre a aussi des répercussions en Russie, où le moral de la population se dégrade. Selon l’institut IKAR, 81 % des Russes souhaiteraient que la guerre se termine « dès demain », un record depuis 2022. En juin 2026, seulement 52 % des Russes estimaient que le pays allait dans la bonne direction, le niveau le plus bas depuis février 2022. Les attaques contre les infrastructures pétrolières russes sont devenues le sujet le plus cité par les citoyens (24 % des réponses), reflétant l’impact croissant de la guerre sur le territoire national. Ces données, issues du Centre Levada et du CSIS, montrent une lassitude grandissante face au conflit, même parmi la population russe.

Origine et objectifs

L’expression « guerre des villes » trouve son origine dans le conflit Iran-Irak (1984-1988), où des bombardements massifs de centres urbains visaient à briser le moral des civils. La Russie adapte cette stratégie en ciblant délibérément les infrastructures civiles ukrainiennes pour exercer une coercition par punition, selon le spécialiste Robert Pape. Contrairement à la coercition par déni (qui vise les capacités militaires), cette méthode cherche à faire plier le gouvernement ukrainien en rendant la vie quotidienne insupportable. La chaîne militaire russe Rybar, proche du ministère de la Défense, décrit cette approche comme une stratégie d’usure économique, visant à rendre l’Ukraine ingérable pour l’Europe et à décourager toute reconstruction.

Ce que ça pourrait changer

Depuis le début de l’invasion en 2022, la Russie a rasé plusieurs villes ukrainiennes. Marioupol a été détruite à plus de 80 % dès début 2022, tandis que des villes comme Bakhmout, Avdiivka ou Tchassiv Yar (oblast de Donetsk) ont subi des destructions massives. Ces exemples illustrent la méthode russe : détruire systématiquement les centres urbains pour affaiblir la résistance ukrainienne. Cette tactique s’inscrit dans une logique de guerre totale, où la destruction des infrastructures et la souffrance des civils deviennent des armes à part entière. L’objectif n’est pas seulement militaire, mais aussi psychologique et économique.

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