« Ces expériences bouleversent leur vie » : la santé mentale des pompiers forestiers
Le travail intense vécu par les pompiers forestiers laisse souvent des séquelles..
En Colombie-Britannique, la saison des feux de forêt en 2025 a été marquée par des incendies d’une force et d’une fréquence sans précédent, selon Anna Richards, conseillère en santé mentale et ancienne pompière forestière. Ces feux, qui ont nécessité 260 missions d’hélicoptères de nuit, ont plongé les pompiers dans des situations de haute intensité. Pendant ces périodes, une adrénaline intense les pousse à maintenir un rythme soutenu, souvent au-delà des limites physiques et psychologiques. Ce phénomène n’est pas isolé : il s’inscrit dans un contexte où les feux de forêt deviennent plus fréquents et plus destructeurs, en partie à cause des changements climatiques. Les pompiers doivent alors gérer des feux de grande envergure, parfois sur de longues périodes, ce qui augmente leur exposition à des scènes traumatisantes, comme des paysages dévastés ou des vies humaines menacées.
Le métier de pompier forestier ne se limite pas à un emploi classique de neuf à cinq. Il s’agit d’une expérience immersive et d’un style de vie qui absorbent totalement les individus. Contrairement à un travail traditionnel, les pompiers forestiers sont souvent en contact permanent avec leur environnement professionnel, même en dehors des heures de service. Cette immersion est renforcée par le fait que beaucoup d’entre eux vivent dans les communautés touchées par les feux. Ainsi, ils peuvent être amenés à évacuer leur propre domicile, ce qui ajoute une couche de stress personnel à la pression professionnelle. Cette situation crée un mélange unique de responsabilités professionnelles et personnelles, rendant la déconnexion difficile, voire impossible.
Une fois la saison des feux terminée, les impacts psychologiques se révèlent progressivement. Les pompiers forestiers, épuisés et sur les nerfs, peuvent éprouver des difficultés à se reconnecter avec leurs proches. Anna Richards, qui gère une ligne d’appui téléphonique anonyme pour ces professionnels, reçoit régulièrement des appels de pompiers en détresse, décrivant des sentiments de fatigue, d’irritabilité ou de déconnexion. Ces symptômes sont souvent les signes avant-coureurs de troubles plus graves. Une étude publiée dans La revue canadienne de psychiatrie en 2017 révèle que 45 % des premiers répondants canadiens, dont les pompiers forestiers, souffrent de troubles de santé mentale, un taux quatre fois supérieur à celui de la population générale. Parmi ces troubles, le syndrome du stress post-traumatique (SSPT) et les troubles dépressifs majeurs sont particulièrement fréquents.
Les pompiers forestiers font partie des premiers répondants, un terme qui désigne les professionnels intervenant en première ligne lors d’urgences ou de catastrophes. Leur exposition répétée à des situations extrêmes les rend particulièrement vulnérables aux problèmes de santé mentale. En Colombie-Britannique, l’Association canadienne pour la santé mentale a créé il y a dix ans la formation Objectif résilience, conçue pour outiller ces travailleurs face aux traumatismes ou à la détresse psychologique. Cette initiative vise à leur fournir des outils pour mieux gérer le stress et les émotions liées à leur métier. Cependant, malgré ces efforts, les besoins restent importants, notamment parce que les formations en santé mentale sont souvent reléguées au second plan lors de la préparation opérationnelle avant la saison des feux.
Selon Anna Richards, les pompiers forestiers seraient mieux préparés s’ils bénéficiaient de formations en santé mentale avant le début de la saison des feux. Actuellement, la priorité est donnée aux aspects opérationnels, comme les techniques de lutte contre les incendies ou les protocoles de sécurité. Les formations en santé mentale, bien que disponibles, sont rarement intégrées de manière systématique dans le processus de préparation. Cela s’explique en partie par la nature saisonnière du travail : les équipes sont souvent composées de nouveaux arrivants chaque année, et le temps consacré à leur formation est limité. Pourtant, une préparation mentale adéquate pourrait réduire l’impact des traumatismes et améliorer la résilience des pompiers face aux défis psychologiques de leur métier.
Les services d’incendie, comme le **BC Wildfire Service** en Colombie-Britannique, prennent de plus en plus conscience de l’importance de la santé mentale de leurs équipes. Johnny Morris, directeur général de la division britanno-colombienne de l’Association canadienne pour la santé mentale, souligne que ces organisations portent une attention croissante aux besoins en soins psychologiques de leurs membres. Cependant, malgré ces avancées, les solutions restent inégales et dépendent souvent des ressources locales. Les lignes d’appui téléphonique, comme celle gérée par Anna Richards, jouent un rôle clé en offrant un espace d’écoute et de soutien anonyme. Mais elles ne suffisent pas à combler l’ensemble des besoins, notamment pour ceux qui souffrent de troubles plus profonds comme le SSPT ou la dépression.

