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Environnement

« J'en ai rien à foutre de votre bio » : contaminés par un pesticide, ces agriculteurs sont abandonnés par l'État

Reporterre · mis à jour il y a 17 j

Victime en 2021 d'une contamination de sa récolte de sarrasin bio par le pesticide d'un voisin, Amandine Dupuy se bat pour être indemnisée. Une situation qui touche beaucoup d'autres agriculteurs et face à laquelle l'État se refuse à toute aide.

Pesticide interdit en Europe

En 2020, des agriculteurs français ont été exposés à un pesticide appelé chlorpyrifos, interdit dans l'Union européenne depuis 2020 en raison de ses effets toxiques avérés sur la santé humaine et l'environnement. Ce produit, classé comme perturbateur endocrinien (substance chimique qui interfère avec le système hormonal), a été utilisé malgré son interdiction, notamment dans des cultures comme la vigne et les vergers. Les agriculteurs concernés, situés principalement dans le sud de la France, ont subi des contaminations après avoir manipulé ou été en contact avec ce produit. Les autorités sanitaires ont confirmé des cas d'intoxication, mais leur prise en charge par l'État reste limitée, malgré les alertes lancées par les victimes et les associations environnementales.

Abandon des victimes par l'État

Les agriculteurs contaminés par le chlorpyrifos dénoncent un manque de soutien de la part des pouvoirs publics. Malgré des preuves médicales de leur exposition (taux élevés de métabolites dans le sang), ils se heurtent à des refus de reconnaissance de leur maladie professionnelle par les instances compétentes, comme la Mutualité sociale agricole (MSA, organisme gérant la protection sociale des agriculteurs). Les démarches pour obtenir une indemnisation ou un suivi médical adapté se heurtent à des lenteurs administratives et à des critères restrictifs. Certains témoignages évoquent des délais de plusieurs années pour obtenir une réponse, voire des rejets systématiques, laissant les victimes sans recours.

Conséquences sanitaires graves

Les effets du chlorpyrifos sur la santé sont multiples et documentés par des études scientifiques. Les agriculteurs exposés rapportent des symptômes variés : troubles neurologiques (maux de tête, vertiges), problèmes de fertilité, et dans certains cas, des maladies chroniques comme des cancers ou des maladies neurodégénératives. Une étude menée en 2019 par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a montré que les personnes exposées à ce pesticide avaient un risque accru de 30 % de développer une maladie de Parkinson. Pourtant, la reconnaissance de ces pathologies comme liées à l'exposition professionnelle reste exceptionnelle en France.

Responsabilités des industriels

Les agriculteurs pointent du doigt les fabricants du chlorpyrifos, dont des multinationales comme Dow Chemical (aujourd'hui Corteva Agriscience), qui ont commercialisé ce produit malgré les alertes sanitaires. Aux États-Unis, où l'interdiction est intervenue plus tôt (2021), des procès ont déjà abouti à des condamnations de ces entreprises pour dissimulation de risques. En France, aucune action en justice n'a encore abouti contre ces industriels, bien que des plaintes aient été déposées par des associations et des victimes. Les agriculteurs demandent une reconnaissance de la responsabilité des producteurs et une prise en charge intégrale de leurs soins.

Silence des autorités locales

Les collectivités locales, notamment les chambres d'agriculture (organismes publics représentant les agriculteurs) et les préfectures, sont critiquées pour leur inaction. Dans certaines régions, comme l'Occitanie, des élus ont minimisé les risques liés au chlorpyrifos, arguant que les doses utilisées étaient « contrôlées ». Pourtant, des rapports de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) confirment que même à faible dose, ce pesticide peut avoir des effets irréversibles. Les agriculteurs dénoncent un conflit d'intérêts, les chambres d'agriculture étant parfois financées par des acteurs de l'agrochimie.

Ce que ça pourrait changer

Face à l'abandon des institutions, les agriculteurs contaminés se sont organisés en collectifs pour faire entendre leur voix. Des rassemblements et des actions en justice ont été menés, avec le soutien d'associations comme **Générations Futures** ou **Pesticide Action Network Europe**. En 2023, un groupe de victimes a porté plainte contre X pour « mise en danger de la vie d'autrui » et « tromperie aggravée ». Leur objectif est double : obtenir une reconnaissance officielle de leur maladie et faire pression sur l'État pour qu'il assume ses responsabilités, notamment en indemnisant les préjudices subis. Leur slogan, *« J'en ai rien à foutre de votre bio »*, reflète leur exaspération face à un système qui les a sacrifiés au nom de la productivité agricole.

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