Sur «l’inefficacité» de l’État
Effectuer des coupes dans le filet social coûte plus cher que le filet social lui-même..
En 2025, la Coalition avenir Québec (CAQ) a réduit le financement de plusieurs organismes communautaires offrant des services d’aide à l’emploi au Québec, notamment dans la région de Montréal. Ces coupes visaient à centraliser l’offre de services pour éliminer les redondances perçues, c’est-à-dire des services similaires proposés par différents organismes. Cependant, cette approche a ignoré la spécialisation des services. Par exemple, une personne immigrante en quête d’un premier emploi a des besoins distincts d’une personne faiblement scolarisée ou d’un jeune sorti du système de protection de la jeunesse (DPJ). Les décideurs, souvent issus de milieux socialement privilégiés et homogènes, ont sous-estimé cette diversité, réduisant ainsi l’efficacité réelle des services. Un organisme touché a souligné que ses interventions évitaient des situations d’itinérance, un problème coûteux pour la société.
L’autrice souligne que réduire les budgets des services communautaires, souvent proches du salaire minimum, entraîne des coûts bien plus élevés à long terme. Par exemple, un jeune laissé sans soutien peut devenir un travailleur ou un contribuable en moins, réduisant ainsi la productivité globale. La pauvreté a aussi un impact majeur sur la santé : elle génère des crises de santé mentale, des visites aux urgences et une aggravation des maladies chroniques mal gérées. Selon l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), chaque dollar investi dans le secteur communautaire permet d’économiser 12 dollars dans le système de santé sur six ans. Ces économies sont réalisées grâce à la prévention, évitant des dépenses bien plus lourdes en soins d’urgence ou en gestion des crises.
L’État dépense des sommes importantes pour judiciariser la pauvreté et l’itinérance, c’est-à-dire pour surveiller et punir plutôt que pour prévenir. Par exemple, un policier du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) gagne 112 082 dollars par an, mais son salaire ne représente qu’une partie du coût total : il faut ajouter l’équipement, la logistique, le système judiciaire, les frais d’aide juridique, les procureurs de la Couronne, les dépenses des tribunaux et les coûts d’incarcération. À Montréal, 40 millions de dollars sont prévus pour des caméras corporelles dans le Programme décennal d’immobilisations 2026-2035, une technologie dont le but est de rassurer sur le comportement des policiers, un paradoxe lorsque l’on compare avec les budgets alloués aux services communautaires.
L’autrice critique la logique selon laquelle il faudrait réduire les dépenses sociales pour équilibrer les budgets. Elle cite des exemples où des sommes colossales sont dépensées ailleurs : 60 millions de dollars de dépassement du budget du SPVM en 2025 sans conséquences, 18 millions de dollars de dette annulée pour l’entreprise américaine Bell Textron, ou encore des investissements massifs dans des projets comme Northvolt ou SAAQclic. Ces choix révèlent une priorité accordée à certains secteurs au détriment d’autres, malgré des résultats discutables. La question n’est pas tant de savoir si l’État peut se permettre des services publics, mais plutôt comment il choisit d’allouer ses ressources.
L’autrice suggère de repenser la lutte contre la pauvreté comme un *projet de société* ambitieux et rassembleur, plutôt que comme une dépense à réduire. Elle note que cette logique d’austérité, présente depuis des décennies au Québec sous différents gouvernements, n’a pas prouvé son efficacité. Elle cite l’exemple de Lucien Bouchard, ancien premier ministre, pour illustrer cette continuité politique. Une approche alternative consisterait à investir dans la prévention et l’accompagnement social, ce qui pourrait non seulement améliorer le bien-être des citoyens, mais aussi optimiser l’utilisation des fonds publics. L’objectif serait de transformer l’élimination de la pauvreté en une priorité collective, plutôt qu’en une contrainte budgétaire.

