Churchill Falls : les élus de T.-N.-L. votent en faveur de l’entente-cadre
Un vote très serré (21-18) clôt un débat spécial sur quatre jours sur l'accord-cadre avec Hydro-Québec..
La Chambre d’assemblée de Terre-Neuve-et-Labrador (T.N.-L.) a approuvé jeudi 17 septembre 2026 une entente-cadre historique avec Hydro-Québec, après un débat parlementaire de quatre jours. Le vote, très serré, s’est conclu par 21 voix pour et 18 contre, tous les députés de l’opposition (sauf un indépendant) ayant rejeté l’accord. Cette entente-cadre, qui doit encore être transformée en accords définitifs d’ici la fin de l’année 2026, pourrait rapporter environ 49 milliards de dollars (en dollars de 2026) au Trésor provincial sur 50 ans. Le gouvernement progressiste-conservateur de Terre-Neuve-et-Labrador y voit une solution pour redresser les finances de la province, la plus endettée du Canada. Le ministre des Finances, Craig Pardy, a affirmé que cette entente « transformerait la situation des finances publiques ».
L’entente-cadre renégocie un contrat signé en 1969 entre Hydro-Québec et la province de Terre-Neuve-et-Labrador pour l’exploitation de la centrale hydroélectrique de Churchill Falls. Ce contrat, souvent critiqué, permet à Hydro-Québec d’acheter presque toute la production d’électricité de Churchill Falls à un prix dérisoire de 0,2 cent par kilowattheure. Hydro-Québec revend ensuite cette énergie à un prix bien plus élevé, réalisant ainsi des profits considérables. L’entente-cadre actuelle propose de rouvrir ce contrat 15 ans avant son expiration naturelle, en échange de la construction de nouveaux barrages hydroélectriques sur le fleuve Churchill, dont une grande partie de la production serait réservée à Hydro-Québec. Le gouvernement fédéral soutient financièrement ces projets à hauteur de 10 milliards de dollars.
L’entente-cadre suscite de vives tensions au sein de la population et des élus de Terre-Neuve-et-Labrador. Le ministre de l’Énergie, Lloyd Parrott, a révélé avoir reçu des menaces de mort, y compris envers ses enfants, après avoir critiqué publiquement les opposants à l’accord, qu’il accuse de haine envers le Québec. L’opposition, composée des libéraux et des néo-démocrates, s’inquiète de plusieurs aspects : la supervision des négociations, les modalités du débat parlementaire, et surtout le risque que la province ne tire pas suffisamment profit de sa richesse hydroélectrique malgré les dizaines de milliards promis. Les libéraux demandent notamment une réévaluation du prix de l’énergie pour les projets existants et futurs, comme le barrage de Gull Island. Les néo-démocrates, eux, s’opposent aussi aux risques environnementaux et réclament une évaluation indépendante de l’entente, une demande ignorée par le gouvernement.
La Nation innue du Labrador, dont les terres ancestrales sont traversées par le fleuve Churchill, s’oppose fermement à l’entente-cadre. Dans un communiqué publié avant le vote, la grande cheffe Jodie Ashini a demandé aux députés de rejeter l’accord, dénonçant une dispute persistante avec le gouvernement provincial concernant l’histoire et les droits du peuple innu. Par ailleurs, l’indépendant Keith Russell, ancien membre du parti progressiste-conservateur, a souligné les défis logistiques liés à l’arrivée massive de travailleurs pour les nouveaux projets. Il craint que le gouvernement ne soit pas préparé à gérer l’accès au logement et aux services essentiels dans des régions comme Churchill Falls et Gull Island.
Malgré l’adoption de l’entente-cadre, plusieurs incertitudes subsistent. Le premier ministre Tony Wakeham a promis la création d’un comité indépendant pour superviser les négociations des accords définitifs avec Hydro-Québec, mais a évité de s’engager sur un débat parlementaire supplémentaire une fois ces accords conclus. Il avait initialement promis un référendum sur ce partenariat énergétique, mais y a renoncé le mois précédent. Hydro-Québec et Hydro Terre-Neuve-et-Labrador visent à finaliser les accords définitifs d’ici la fin de l’année 2026. Pendant le débat, des témoins, dont des membres des équipes de négociation et des experts indépendants, ont répondu aux questions des élus, mais les détails concrets de la supervision des pourparlers restent flous.

