Clément Hervieu-Léger, l’avenir de la Comédie-Française
L’administrateur général parle du rôle que le Québec pourrait tenir dans l’avenir de la prestigieuse compagnie qu’il dirige..
Clément Hervieu-Léger a été nommé administrateur général de la Comédie-Française le 4 août 2025. Ce comédien, metteur en scène et pédagogue prend la tête d’une troupe permanente de 57 comédiens et comédiennes, la plus ancienne troupe théâtrale en activité au monde, fondée en 1680. Son mandat est de cinq ans. Il est actuellement en tournée au Québec et au Canada avec la pièce Lumières, lumières, lumières, une coproduction avec la compagnie québécoise Les songes turbulents, dirigée par Florent Siaud. Cette tournée marque une volonté de la Comédie-Française d’aller à la rencontre du public plutôt que d’attendre que celui-ci vienne à elle, une approche qu’il qualifie d’essentielle pour une institution de cette envergure.
L’une des premières actions de Clément Hervieu-Léger a été de superviser la fin des importants travaux de rénovation de la salle Richelieu, la plus grande des trois salles de la Comédie-Française, occupée depuis 1799. Ces travaux, qui ont perturbé l’activité de la troupe, sont désormais terminés. Les spectacles reprendront à partir du 15 octobre 2025. Cette salle, emblématique de l’institution, est un lieu historique où la troupe se produit depuis plus de deux siècles. La reprise des activités dans cette salle restaurée est présentée comme une étape majeure pour la Comédie-Française.
Clément Hervieu-Léger insiste sur la nécessité de repenser le répertoire de la Comédie-Française, qui comprend des pièces datant des XVIIe et XVIIIe siècles, souvent jouées depuis des siècles. Pour lui, le répertoire ne doit pas être considéré comme un musée figé, mais comme un bien commun à enrichir et à interroger. Il souligne l’importance de rendre ces textes pertinents pour éclairer le monde contemporain, en évitant une simple répétition mécanique. Cette vision s’inscrit dans une volonté de maintenir la troupe en phase avec son époque, notamment en accordant une place plus importante aux autrices, souvent sous-représentées dans l’histoire du théâtre.
Clément Hervieu-Léger met en avant la nécessité de réparer une injustice historique : la sous-représentation des autrices dans le répertoire de la Comédie-Française. Pour la saison en cours, il a choisi de programmer uniquement des autrices des XXe et XXIe siècles au Vieux-Colombier, la deuxième salle de la Comédie-Française. Parmi les auteurs invités figurent Marguerite Duras, Leïla Slimani, Annie Ernaux, Marie NDiaye, Simone de Beauvoir et Agatha Christie. Cette initiative reflète une volonté de diversifier les voix et de donner une visibilité accrue aux créatrices, un enjeu qu’il juge crucial pour l’institution.
Clément Hervieu-Léger souligne que la Comédie-Française ne peut plus fonctionner en autarcie et doit s’ouvrir à des collaborations internationales. Il cite des exemples concrets comme des coproductions ou des accueils avec le Théâtre de Lorient et le Centre dramatique national de l’océan Indien, à La Réunion. Cette saison, la tournée au Québec s’inscrit dans cette logique, avec une volonté de créer des ponts avec les institutions locales. La pièce Lumières, lumières, lumières est seulement la troisième production québécoise accueillie par la Comédie-Française, après Les reines de Normand Chaurette en 1997 et Oublier de Marie Laberge en 2000. Le Québec est présenté comme un interlocuteur privilégié, notamment en raison du talent de ses autrices, comme Evelyne de la Chenelière.
Clément Hervieu-Léger explique que le modèle de la troupe permanente, gérée par un collectif d’artistes, est le fruit de près de 350 ans d’histoire et représente une utopie théâtrale. Il reconnaît que ce modèle, spécifique à la Comédie-Française, pourrait inspirer d’autres institutions, mais il doute qu’il soit transposable tel quel ailleurs. Pour lui, l’objectif est de préserver cette utopie tout en l’adaptant aux réalités contemporaines. Il souligne que la troupe doit devenir un moteur pour d’autres projets, en mettant sa force d’attractivité au service de collaborations variées, sans pour autant renoncer à son identité propre.

