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Philosophie

Prendre soin – sur la rétrospective Leida Laius à La Rochelle

AOC Media · mis à jour il y a 17 j

V1 SG : Une rétrospective partielle de l’œuvre de Leida Laius au Festival international du film de La Rochelle permet de retracer le travail de cette cinéaste estonienne. Centrés sur le motif du foyer, de la famille et de la terre, ses récits historiques illustrent une grande maîtrise du curseur de la brutalité.

Festival de La Rochelle

Chaque année, le Festival international du film de La Rochelle (Fema) attire les cinéphiles en proposant une programmation variée mêlant des rétrospectives dédiées à des réalisateurs célèbres et des découvertes de films contemporains. En 2026, des hommages sont rendus à des figures établies comme Jacques Tati, Nanni Moretti ou Youssef Chahine, tandis que d'autres cinéastes, moins connus en France, sont mis à l'honneur. Parmi eux, Leida Laius, une cinéaste estonienne, bénéficie d'une rétrospective partielle de son œuvre, composée de huit films (courts et longs métrages, documentaires et fictions) couvrant plus de vingt ans de carrière, de 1965 à 1988. Cette initiative permet de redécouvrir une partie de l'histoire du cinéma estonien, souvent méconnue en France.

Leida Laius, cinéaste estonienne

Leida Laius (1923-1996) est une cinéaste estonienne dont l'œuvre, réalisée durant la période soviétique, explore des thèmes comme le foyer, la famille, la ruralité et la maternité. Après des études de théâtre en Estonie puis de cinéma à l'école soviétique VGIK (l'une des plus prestigieuses institutions cinématographiques de l'ex-URSS), elle se spécialise dans les adaptations de récits historiques et sociaux. Son travail se distingue par une approche psychologique complexe, où elle interroge la place du soin, notamment à travers des personnages féminins et des enfants. Ses films, souvent nourris par des bandes originales de son compatriote Arvo Pärt, un compositeur estonien renommé, offrent une vision intime et parfois brutale de la société estonienne en transition. Jeux d'enfants, l'un de ses films les plus connus, est disponible en ligne sur la plateforme Arte jusqu'au 31 décembre 2026.

Contexte historique estonien

L'Estonie, indépendante depuis 1918, est occupée par l'Union soviétique en 1940, puis par l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, avant d'être de nouveau sous contrôle soviétique de 1944 à 1991. Cette période, marquée par des bouleversements politiques et sociaux, sert de toile de fond à l'œuvre de Leida Laius. Son expérience personnelle, notamment son engagement volontaire dans l'Armée rouge pendant la guerre en tant qu'infirmière, influence profondément ses récits. Elle y dépeint une société en reconstruction, où les rôles traditionnels, notamment ceux des femmes, sont redéfinis. Ses films illustrent ainsi les tensions entre l'urbanisation croissante et la ruralité, ainsi que les séquelles de la guerre sur les familles et les communautés.

Thèmes et style de son œuvre

Les films de Leida Laius se caractérisent par une exploration des dynamiques familiales et sociales, avec une attention particulière portée aux figures féminines et aux enfants. Elle utilise souvent des récits historiques pour aborder des questions contemporaines, comme la place du soin dans la société ou les conséquences de l'urbanisation sur les modes de vie ruraux. Son style, à la fois poétique et brut, repose sur une maîtrise du curseur de la brutalité : elle n'hésite pas à montrer des situations difficiles, mais toujours avec une grande sensibilité. Ses bandes originales, signées Arvo Pärt, renforcent l'atmosphère de ses films, mêlant minimalisme et émotion. Cette rétrospective à La Rochelle permet de redécouvrir une cinéaste dont l'œuvre, bien que méconnue en France, offre un éclairage unique sur l'histoire et la société estoniennes.

Ce que ça pourrait changer

Le travail de Leida Laius commence à être mieux connu en France grâce à des initiatives comme le festival *CinéBaltique*, dont la deuxième édition s'est tenue à Paris en février 2026, ou encore un programme intitulé *Poétiques baltes* à la Cinémathèque du documentaire de janvier à mars 2026. Ces événements ont permis de présenter une partie de son œuvre, notamment *Jeux d'enfants*, un film qui incarne son approche à la fois réaliste et poétique. La rétrospective à La Rochelle s'inscrit dans cette dynamique de redécouverte, offrant au public français l'opportunité de découvrir une cinéaste dont les films, bien que réalisés sous le régime soviétique, transcendent les frontières politiques pour parler d'humanité et de résilience.

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