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Privatisation de la santé en Ontario : « un leurre », conclut un rapport

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 4 j

Selon l’étude, de nombreux hôpitaux publics en province sont sous-utilisés, au profit des cliniques privées..

Rapport critique sur la privatisation

Un rapport publié par la Coalition ontarienne de la Santé (COS), intitulée Bait and Switch (un leurre en français), analyse les effets de la privatisation des services de santé en Ontario. L’étude conclut que cette politique n’a pas réduit les listes d’attente ni la médecine de couloir (terme désignant les patients allongés dans les couloirs des hôpitaux faute de lits disponibles), contrairement aux promesses du gouvernement provincial. Le rapport révèle que les fonds publics, initialement destinés à moderniser le système de santé, ont été détournés vers des cliniques privées, aggravant ainsi les inégalités d’accès aux soins. La méthodologie repose sur des données recueillies auprès de 45 communautés en Ontario, incluant des hôpitaux publics, des patients et des établissements privés. Les auteurs soulignent que cette approche a conduit à une sous-utilisation des équipements hospitaliers publics, comme les IRM (Imagerie par Résonance Magnétique), tout en favorisant des centres privés souvent situés à proximité des hôpitaux sous-financés.

Sous-utilisation des hôpitaux publics

Le rapport met en lumière une sous-utilisation massive des infrastructures hospitalières publiques en Ontario. Par exemple, dans les hôpitaux de Thunder Bay, Kenora et North Bay, les IRM sont éteintes la nuit par manque de personnel ou de financement. À Sault-Sainte-Marie, seulement quatre des six salles d’opération sont en service, faute de ressources. Un hôpital non identifié dans le rapport explique que le financement est la barrière à l’utilisation à 100 % de ces équipements. Ces dysfonctionnements s’expliquent par un manque chronique de moyens : en 2024-2025, 63 % des hôpitaux publics du Nord-Est de l’Ontario affichaient un déficit financier, et 55 % à l’échelle de la province. Les auteurs du rapport estiment que les hôpitaux ontariens reçoivent le financement le plus bas du Canada, et que même un alignement sur la moyenne nationale représenterait un apport de milliards de dollars supplémentaires pour le système public.

Financement public des cliniques privées

Malgré les difficultés financières des hôpitaux publics, le gouvernement ontarien a alloué des centaines de millions de dollars à l’ouverture de cliniques privées. Par exemple, 125 millions de dollars ont été investis pour créer quatre nouveaux centres de chirurgies orthopédiques (spécialisés dans les opérations des os et articulations) en 2024. Certaines de ces cliniques, comme le centre Clearpoint Surgical, ont vu leur budget exploser de plus de 300 %. Le rapport souligne que ces cliniques privées, souvent situées dans des quartiers aisés de Toronto, sont financées avec des fonds publics alors que les hôpitaux publics voisins sous-utilisent leurs équipements. Nathalie Mehra, directrice générale de la COS, critique cette stratégie : La province doit nous expliquer pourquoi des fonds publics sont utilisés pour financer [ces cliniques] alors que les hôpitaux publics manquent cruellement de moyens. Kevin Skerrett, membre de la COS et directeur d’un laboratoire à l’Université Carleton, ajoute que ces choix reflètent une idéologie de privatisation incompatible avec les besoins urgents du système de santé.

Ce que ça pourrait changer

Le rapport révèle des disparités géographiques majeures dans l’accès aux soins en Ontario. Aucune des cliniques privées financées par la province n’est implantée dans le *Nord* de la province, une région déjà confrontée à des pénuries de personnel médical et à des infrastructures vieillissantes. Les effets de la privatisation y sont particulièrement marqués : les hôpitaux publics du Nord-Est accusent un taux de déficit de 63 %, contre 55 % pour l’ensemble de la province. *Kevin Skerrett* souligne que *nos hôpitaux en Ontario sont financés au niveau le plus bas au pays*, et que même un financement moyen permettrait de combler un écart de *milliards de dollars*. Les auteurs du rapport insistent sur l’urgence de rééquilibrer les investissements publics vers les régions les plus vulnérables, où les besoins en santé sont les plus criants.

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