Promesses d’emplois et greenwashing : en Auvergne-Rhône-Alpes, des élus tentés par Amazon et ses entrepôts XXL
La firme étasunienne Amazon a lancé cet été 2026 une série de constructions d’entrepôts dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Malgré la défiance envers l’une des entreprises les plus polluantes au monde, peu d’élu·es s’opposent aux projets.
Amazon, leader mondial du e-commerce dirigé par Jeff Bezos, accélère son expansion en France avec neuf entrepôts en 2026, dont un neuvième inauguré le 1er juillet à Colombier-Saugnieu (Rhône), près de l’aéroport de Lyon-Saint-Exupéry. Ce site, d’une superficie de 180 000 mètres carrés répartis sur trois niveaux (soit vingt-cinq terrains de football), représente un investissement de 200 millions d’euros et promet la création de 3 000 emplois d’ici 2027. La région Auvergne-Rhône-Alpes est devenue une priorité pour Amazon, avec trois autres projets prévus d’ici fin 2026 : une plateforme logistique de 50 000 mètres carrés à Mably (Loire), un agrandissement de 36 000 mètres carrés à Montélimar (Drôme), et un entrepôt de 31 000 mètres carrés à Saint-Georges-les-Bains (Ardèche). Ces infrastructures s’ajoutent aux 35 sites déjà existants en France. Le préfet de région, Étienne Guyot, a salué ce projet, soulignant l’implication des services de l’État dans son implantation.
En juillet 2026, Amazon a publié ses émissions de dioxyde de carbone (CO2), révélant une augmentation de 16 % en 2025 par rapport à l’année précédente, et de 58 % depuis 2019. Cette hausse est notamment attribuée à l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle (IA), un outil très gourmand en énergie. En 2026, Amazon a investi massivement dans l’IA aux côtés de Meta, Microsoft et Alphabet (Google), avec un total de plus de 600 milliards d’euros. Pourtant, malgré cette augmentation des émissions, le groupe promet d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2040. Parallèlement, Amazon a supprimé 10 % de ses emplois de bureau dans le monde, soit 30 000 postes, tout en continuant à embaucher massivement dans ses entrepôts.
Face à un contexte de tension sur l’emploi, les élus locaux sont séduits par les promesses d’embauches massives d’Amazon. À Colombier-Saugnieu, la maire Sandrine Auquier s’est réjouie de l’arrivée du géant, évoquant 600 emplois dès l’ouverture, puis 3 000 à terme. À Saint-Georges-les-Bains, la maire Geneviève Peyrard a souligné que 50 emplois créés « ce n’est pas rien pour une commune comme la nôtre ». Jacques Dubay, ancien maire de Saint-Péray (Ardèche), a expliqué que de nombreux élus adoptent une position fataliste : refuser Amazon, c’est risquer de voir l’investissement profiter à une autre commune. Cependant, certains élus tentent de négocier des conditions, comme à Saint-Georges-les-Bains, où la mairie a suspendu l’autorisation de construire en attendant un projet plus adapté aux infrastructures routières locales.
Malgré les promesses d’emplois, les conditions de travail chez Amazon restent très critiquées. La plupart des postes sont peu qualifiés, comme ceux de manutentionnaires ou de préparateurs de commandes, avec des gestes répétitifs qui entraînent des problèmes de santé tels que des tendinites ou des accidents du travail. Cindy Gencel, préparatrice de commandes et déléguée CGT sur le site de Montélimar depuis 2015, a expliqué que la direction conteste systématiquement ces accidents. Le dialogue social est également tendu : des avantages sociaux comme la prime d’intéressement ou la prime de transports ont été remplacés par des mesures moins avantageuses. Ces problèmes semblent pourtant secondaires pour les élus locaux, face aux promesses d’embauches massives.
Amazon est critiqué depuis des années en France pour ses pratiques sociales et environnementales, mais les oppositions à son implantation se font de plus en plus rares. Sur les quatre nouveaux sites prévus en Auvergne-Rhône-Alpes, seul celui de Colombier-Saugnieu a fait l’objet de recours, déposés par des associations et la Ville de Lyon, tous rejetés. Le groupe est notamment accusé de greenwashing (pratique qui consiste à donner une image écologique trompeuse) en promettant la neutralité carbone d’ici 2040, alors que ses émissions de CO2 augmentent fortement. Malgré ces critiques, les élus locaux, sous pression face au chômage, peinent à résister à l’attrait des emplois promis par Amazon.
Face au rouleau compresseur Amazon, certaines communes tentent de proposer des alternatives plus durables. À Saint-Péray (Ardèche), la mairie a refusé un projet de zone logistique et a privilégié une zone d’activité artisanale, en collaboration avec la communauté de communes et l’établissement public foncier Epora. Ce projet, FruitCoop, a mis sept ans à aboutir et a permis de créer des emplois locaux tout en évitant les problèmes de circulation et de pollution liés aux entrepôts géants. Jacques Dubay, ancien maire de Saint-Péray, a expliqué que cette solution a été possible grâce à une volonté politique claire et à des moyens juridiques limités mais suffisants pour orienter l’urbanisme local. Ce modèle pourrait inspirer d’autres communes face à l’expansion d’Amazon.

