On sait enfin pourquoi ces oiseaux migrateurs volent dans la mauvaise direction - et ça serait lié à la dernière période glaciaire
Pour rejoindre le sud en hiver, un oiseau devrait filer au plus court. Certaines parulines d'Alaska s'écartent pourtant nettement de la ligne droite avant d'atteindre leurs quartiers d'hiver.
Certains oiseaux migrateurs, comme les bécasses des bois ou les rossignols, sont observés en train de voler dans une direction opposée à celle attendue pour leur migration saisonnière. Ce phénomène, appelé dérive migratoire, intrigue les scientifiques depuis des décennies. Par exemple, des oiseaux partis d’Europe pour rejoindre l’Afrique en automne se retrouvent parfois en Sibérie ou en Amérique du Nord, un trajet qui peut leur être fatal. Une étude récente publiée en 2026 suggère que cette erreur de navigation serait liée à des modifications du champ magnétique terrestre, elles-mêmes causées par la dernière période glaciaire, il y a environ 18 000 à 20 000 ans.
Le champ magnétique terrestre, qui sert de boussole naturelle aux oiseaux, n’est pas uniforme. Il varie selon les régions et peut être localement affaibli ou déformé. Les scientifiques ont découvert que la dernière période glaciaire a laissé des traces durables dans la structure du sous-sol, notamment en Europe du Nord et en Amérique du Nord. Ces modifications géologiques perturbent le champ magnétique local, créant des anomalies magnétiques. Ces zones, où la boussole naturelle des oiseaux est moins fiable, pourraient expliquer pourquoi certains migrateurs s’égarent. Par exemple, une anomalie au-dessus de la mer Baltique pourrait expliquer pourquoi des oiseaux européens se retrouvent en Sibérie.
Les chercheurs ont croisé des données géologiques et des observations d’oiseaux. Ils ont identifié des anomalies magnétiques dans des zones autrefois recouvertes par les glaces il y a 20 000 ans. Ces zones correspondent à des régions où des oiseaux migrateurs se perdent régulièrement. Par ailleurs, des études génétiques sur certaines espèces, comme la bécasse des bois, montrent que ces oiseaux ont conservé des traits ancestraux adaptés à des conditions climatiques passées. Ces traits pourraient influencer leur capacité à naviguer, les rendant plus vulnérables aux perturbations magnétiques actuelles.
Les oiseaux qui s’égarent en raison de ces anomalies magnétiques parcourent des distances bien plus longues que prévu, épuisant leurs réserves d’énergie. Par exemple, un oiseau parti d’Europe pour l’Afrique pourrait se retrouver à 5 000 km de sa destination initiale, un trajet qui peut lui être fatal s’il ne trouve pas de nourriture ou d’abri. De plus, ces erreurs de navigation réduisent les chances de survie des jeunes oiseaux, qui n’ont pas encore appris à compenser ces perturbations. Les scientifiques estiment que jusqu’à 10 % des oiseaux migrateurs pourraient être affectés par ces anomalies, bien que ce chiffre varie selon les espèces et les régions.
Pour aider ces oiseaux, les scientifiques explorent plusieurs pistes. L’une d’elles consiste à cartographier les anomalies magnétiques pour identifier les zones à risque et adapter les routes migratoires. Une autre approche vise à étudier le comportement des oiseaux dans ces zones perturbées, afin de comprendre comment ils pourraient s’adapter. Par exemple, des recherches sont en cours pour savoir si certains oiseaux développent des stratégies alternatives, comme l’utilisation de repères visuels ou olfactifs, pour compenser les défaillances de leur boussole magnétique. Ces travaux pourraient aussi avoir des implications pour la protection des espèces menacées par le changement climatique.

