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Géopolitique

Accusé de déformer l’histoire, le film “The Assassin(s)” embrase l’opinion en Corée du Sud

Courrier International · mis à jour 6 oct.

Depuis sa sortie, le 23 septembre, le film fait l’objet d’un flot de critiques, entre polémique en ligne et attaques du camp politique conservateur. Le milieu du cinéma s’inquiète des répercussions sur la liberté d’expression..

Film controversé en Corée

Le film sud-coréen The Assassin(s), sorti le 23 septembre 2026, suscite une vive polémique dans le pays. Ce long-métrage de fiction retrace l’enquête autour de l’assassinat de Yuk Yong-soo, première dame de Corée du Sud, le 15 août 1974. À l’époque, elle était l’épouse du président Park Chung-hee, qui dirigeait le pays depuis 1963. Ce drame historique a marqué la société sud-coréenne, car il s’est produit lors d’un discours officiel célébrant la libération de la Corée du Japon. Le film est accusé par une partie de l’opinion publique et des responsables politiques conservateurs de déformer les faits historiques en suggérant que des commanditaires haut placés, comme l’Agence centrale de renseignement coréenne ou le président lui-même, auraient pu être impliqués dans cet attentat.

Contexte historique clé

En 1974, l’assassinat de Yuk Yong-soo est officiellement attribué à un Coréen résidant au Japon, membre de l’association Chongryon, proche du régime nord-coréen. Cette organisation, fondée en 1955, représente les Coréens du Japon et est souvent associée à des positions pro-Pyongyang. Dès l’attentat, les autorités sud-coréennes ont présenté une version rapide des événements, désignant un coupable unique. Cependant, cette annonce a rapidement suscité des doutes dans la population, alimentés par des émissions télévisées et des débats publics. Ces interrogations portent notamment sur la possibilité d’un complot interne, impliquant des services secrets ou des figures politiques de l’époque, comme Park Chung-hee, dont le régime était connu pour son autoritarisme et sa répression des opposants.

Accusations contre le film

Le film The Assassin(s) est critiqué pour avoir repris une hypothèse controversée selon laquelle l’attentat aurait été commandité par des responsables sud-coréens. Les détracteurs du film, notamment des médias conservateurs comme le quotidien Dong-a Ilbo, estiment que cette représentation fictive de l’histoire est une déformation des faits établis. Ils reprochent au scénario de suggérer une implication directe ou indirecte de l’Agence centrale de renseignement coréenne (souvent abrégée en NIS, pour National Intelligence Service), un service de renseignement sud-coréen créé en 1961 et connu pour son rôle dans la surveillance et la répression politique sous le régime de Park Chung-hee. La rapidité avec laquelle le coupable a été identifié en 1974 est également remise en question, certains y voyant une tentative de dissimulation.

Réactions politiques et sociétales

La polémique autour du film a rapidement dépassé le cadre du cinéma pour devenir un sujet de débat politique en Corée du Sud. Le camp conservateur, qui défend une vision plus traditionnelle de l’histoire nationale, accuse le film de nuire à l’image du pays en remettant en cause des événements historiques considérés comme établis. Cette controverse a également alerté le milieu du cinéma sud-coréen, qui craint que des pressions politiques ne menacent la liberté d’expression artistique. Des personnalités du secteur s’inquiètent d’un possible précédent où des œuvres pourraient être censurées ou critiquées pour des raisons idéologiques, ce qui limiterait la créativité et le pluralisme des récits historiques dans le pays.

Ce que ça pourrait changer

Au-delà de la question historique, cette affaire soulève un débat plus large sur la liberté d’expression en Corée du Sud. Le film *The Assassin(s)* illustre les tensions entre la nécessité de revisiter l’histoire pour en comprendre les zones d’ombre et le respect des faits établis. Les défenseurs du film estiment qu’une œuvre de fiction a le droit d’explorer des hypothèses alternatives, même si elles contredisent la version officielle. À l’inverse, ses détracteurs considèrent que certaines limites doivent être respectées pour éviter de semer la confusion ou de réécrire l’histoire à des fins politiques. Cette polémique met en lumière les défis auxquels est confrontée la société sud-coréenne, encore marquée par les séquelles de son passé autoritaire.

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